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2002-2005, la forteresse ouvrière vit ses dernières années. Un voyage mystérieux, au cœur de ce mythe industriel abandonné au milieu de la Seine. Derrière béton et verre, la lumière glisse au travers des verrières et des poutrelles d’acier. La vie demeure entre les ponts et les coursives de cet étrange paquebot, immobile, long d’un kilomètre. Fresques, journaux, affichages syndicaux, cartes à jouer, gants…, l’âme « des hommes de l’île » habite ce navire. Des sous-sols obscurs à la majestueuse Allée des Sphinx sur le toit du bâtiment 6, les couleurs s’entrechoquent et la nature reprend ses droits. Les personnages des artistes urbains se promènent d’une pointe à l’autre de l’île. À la proue du navire, dans la centrale électrique, tapissée de peintures ouvrières, trônent deux turboalternateurs « Als-Thom » de 1930. Dans la salle des chaudières se dresse une cathédrale de charpentes métalliques. Le soleil trace des œuvres éphémères sur le sol des nefs de verre, anciennes chaînes de montage automobiles. Les rescapés des 48 monte-charge et des 33 convoyeurs attendent, silencieux, d’illusoires véhicules. Les voitures, assemblées par des milliers d’hommes d’un bout à l’autre de l’île, montaient et descendaient dans le bâtiment 6 construit en 1930. Dès 6 h30 des centaines d’ouvriers de 38 nationalités différentes, gravissaient l’escalier de cet édifice de 5 étages, pour se répartir, après un passage au vestiaire, dans les ateliers de peinture, de sellerie et de mécanique. Le 30 mars 2004, les télévisions et les spectateurs assistent au début de la démolition. Les « machine-dinosaures » pénètrent les murs et les verrières, broient le béton et découpent le métal. En 2005, Le bâtiment 6 voit peu à peu tous ses Sphinx-extracteurs basculer dans le vide, mais il affiche sa majesté au milieu d’une mer de gravats et de ferraille. Pourtant le paquebot n’est bientôt plus qu’une immense barge, reliée à un autre monde par le pont Seibert (1930) et le pont Daydé (1928). À chaque pointe de l’île se dresse un bouquet d’arbres. Au bout du pont Daydé, demeure,immuable, le portique d’entrée de l’ancienne forteresse ouvrière. Sur son fronton, juste au-dessus d’un dessin de l’île, est inscrit en lettres noires : RENAULT, dernier symbole d’une histoire industrielle de plus de 70 ans. Cette aventure humaine a commencé dans les années 20 avec un homme passionné, à la volonté inflexible, Louis Renault. Durant toutes ces années, l’île Seguin, transformée en ville industrielle, a tout connu de l’histoire automobile, des combats sociaux, de la guerre, des nationalisations, des bouleversements économiques, des souffrances et des bonheurs partagés entre communautés du monde entier. Hubert Fanthomme.
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