ARTS
PIRANESE 2000
Daniel
Buren : "Travaux Publics"
Les
projets du Centre Georges-Pompidou pour la saison 2000-2001
Découverte
d'un Picasso sculpteur au Centre Pompidou à Paris
Claude
Autant-Lara, un cinéaste controversé
Réveillon
post-moderne à New York: sexe, armes et vidéo
Robert
Bresson, "le cinéaste-moine" vient de décéder à l'âge de 98 ans.
La
sculpture investit les jardins du Palais Royal
Les beautés subtiles du portraitiste de la Cour de Louis XV
OMC - La France n'a pas à redouter la mondialisation - Sautter
Les beautés subtiles du portraitiste de la Cour de Louis XV, Jean-Marc Nattier
"Le Maroc de Matisse" à l'Institut du Monde Arabe à Paris
Art controversé sur le site de David Bowie
Après l'expo "Sensation", un film suscite l'ire des catholiques
Bangkok se met en scène pour un "happening" d'art contemporain
Deux collections françaises exceptionnelles seront dispersées à Londres
Voyage dans le Paris underground des artistes
Il y a plus de vingt ans, la Communauté Urbaine de Lille lançait la construction de son métro, premier métro automatique du monde. Elle a tenu à associer des architectes et des artistes à la réalisation de cette entreprise de haute technologie. Toutes les stations ont été confiées à différents architectes qui ont pu s'adjoindre la collaboration d'artistes.
Aussi, la Communauté Urbaine de Lille a confié, en 1991, à Jean Pattou, architecte lillois, le projet de la station "Gare Lille-Europe» du métro de Lille, qui dessert la nouvelle gare TGV au coeur du quartier d'affaires Euralille. Cette ligne 2 du métro de Lille sera inaugurée vendredi 27 octobre 2000.
Depuis sa formation à l'école d'Architecture, Jean Pattou a été fortement influencé par l'oeuvre de Jean-Baptiste Piranèse, architecte et graveur qui vécut et travailla à Rome au XVIII' siècle. A travers ses diverses expositions de peinture sur les villes du monde, Jean Pattou a souvent rendu hommage à Piranèse et à ses visions du monde. Il dédie, aujourd'hui, la station «Gare Lille-Europe» à Piranèse.
Les trois faces du décor, réalisées en agrandissement numérique sur bâche, recouvriront les murs de béton et auront une dimension de trois fois 50 mètres x 18 mètres.
- Le mur Nord-Est représentera Londres, Bruxelles, Berlin... - Le mur Sud-Est représentera Paris, Rome, Athènes... -Le mur Ouest représentera Toulouse, Barcelone, New York...
La Maison du Nord-Pas de Calais, en avant première, vous présente une réduction au 1/10' du décor mural ainsi qu'une série de dessins et peintures préparatoires.
Maison du Nord-Pas de Calais à Paris. Exposition présentée du 12 octobre au 15 novembre 2000 du lundi au vendredi de 10 h à 18 h. 25, rue Bleue - 75009 - Paris . Métro : Cadet

Daniel Buren : "Travaux Publics"
Une sélection photographique de travaux éphémères et/ou permanents
implantés dans l'espace public par Daniel Buren de 1960 à 2000.
Site Odéon N°5 du 28 septembre au 2 décembre 2000
5 - place de l'Odéon - 75006 - Paris. info@art-entreprise.com
Les projets du Centre Georges-Pompidou pour la saison 2000-2001
PARIS, 21 sept (AFP) - D'une exposition sur les années Pop à une rétrospective Dubuffet, le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, réouvert depuis le 1er janvier 2000, a présenté jeudi les grandes lignes de la saison 2000/2001.
Pour mieux souligner la diversité des espaces et la variété des manifestations, son président Jean-Jacques Aillagon a donné pour exemple tout ce qu'on peut y découvrir en un seul jour.
"Aujourd'hui, 21 septembre, le public est invité à découvrir, outre le Musée national d'art moderne (4ème et 5ème niveaux), cinq expositions: Picasso sculpteur, Philip Guston, Pierre Huyghe, La donation Kartell et l'Atelier Brancusi", a-t-il dit.
"Il peut également parcourir le forum de la création (forum niveau 0 et 1) et voir, dans le cadre de Stars au Féminin, cinq films égyptiens, indiens et japonais". Et aussi assister à un débat sur le prêt payant dans les bibliothèques ou à un concert de l'ensemble Court-Circuit dans l'espace de projection de l'Ircam (département musique du Centre).
La présentation de la programmation temporaire, note toutefois M. Aillagon, "ne doit pas faire oublier que le «socle» de l'activité du Centre est constitué par l'activité permanente de ses deux piliers que sont le Musée national d'art moderne et la Bibliothèque publique d'information".
Des Années Pop au cinéma british
Le programme 2000/01 conjugue l'étude de l'histoire moderne de la création ("Les Années Pop" au printemps 2001, les dessins de Giacometti à partir de janvier 2001, Dubuffet à l'automne 2001) et l'exploration de la création contemporaine (dessins de Rosemarie Trocket, à partir du 11 octobre).
Largement consacrée au champ des arts plastiques et de la photographie (Germaine Krull, à partir du 22 novembre), elle aborde aussi ceux de l'architecture (Jean Nouvel, automne 2001) et du design (Les bons génies de la vie domestique, à partir du 11 octobre prochain).
Le programme s'annonce également nourri pour les spectacles vivants, les concerts de l'Ircam, le cinéma ("Art et cinéma typiquement british", à partir du 8 octobre, rétrospective et exposition Fritz Lang au printemps 2001), les revues parlées ou les forums de société.
A la suite du succès rencontré par le Centre "hors les murs", pendant les deux ans de travaux, son président va continuer la pratique des dépôts et prêts en province ou en région parisienne. Des oeuvres provenant des collections étofferont cet hiver l'exposition "Villes utopiques", au Musée des Beaux-Arts de Valence (Drôme).
En outre, chaque année le Centre prévoit un partenariat avec une région. Beaubourg accueillera prochainement une importante exposition conçue à partir du Fonds régional d'art contemporain de Limousin.
M. Aillagon a enfin évoqué "la création d'un second site sur lequel le Centre Pompidou pourrait développer ses activités" et pour laquelle s'est proposée la ville de Lille.
"La métropole lilloise et le Centre Pompidou pourraient disposer, à partir de 2004 d'une institution culturelle de près de 10.000 m2. A l'évidence, il s'agit d'un projet sans précédent, exemplaire en matière de décentralisation culturelle".
Découverte d'un Picasso sculpteur au Centre Pompidou à Paris
PARIS, 11 juin (AFP) - Une vaste rétrospective, la première en France, des sculptures de Picasso, permet de découvrir un aspect secret de la production du peintre, jusqu'au 25 septembre au Centre Pompidou à Paris.
Quelque 300 oeuvres - bouts de ficelles, fil de fer, collages, bronze, et bricolages divers - sont présentés chronologiquement de 1905, date de ses vrais débuts en sculpture, jusqu'à 1973, année de sa mort.
L'ensemble est magistral et constitue une véritable découverte. De ce peintre universellement reconnu, on connaissait très peu cette partie de son travail créatif ou son importance.
Werner Spies, commissaire de l'exposition, explique que "sa sculpture est restée le secret le mieux gardé du XXe siècle" parce que c'était "le jardin secret du peintre".
"La sculpture l'a accompagné du début à la fin de sa vie, mais il la faisait pour lui-même. Quasiment rien n'est sorti de son atelier de son vivant", a indiqué le spécialiste dans une interview au quotidien Le Figaro.
Le visiteur reconnaîtra dans les sculptures les différentes périodes qui ont marqué l'oeuvre picturale déjà extraordinairement prolifique: périodes bleue, cubiste, et autres..
Ces oeuvres apparaissent comme la matérialisation en trois dimensions de tableaux connus: les portraits de ses compagnes successives, Fernande, Marie-Thérèse, Dora Maar, Françoise Gillot, par exemple.
Mais surtout la jubilation suprême sera, en s'approchant des sculptures, de reconnaître les objets hétéroclites: une selle et un guidon de vélo assemblés en tête de taureau, des ustensiles de cuisine pour une poussette d'enfant ou une trottinette pour former un oiseau.
Son inspiration profonde, c'est le primitivisme, la passion des matériaux et des objets bruts. Il pouvait percevoir dans des débris, des déchets, une forme, la possibilité d'un assemblage incongru devenant incroyablement suggestif.
Il disait vouloir "faire éclater le monde de la peinture ou de la sculpture" et il y a certainement réussi même s'il a fallu attendre 1966 en France pour le comprendre grâce à une première exposition comprenant des sculptures au Petit Palais de Paris.
En 1984, Werner Spies présenta un certain de nombre de sculptures au public de Berlin mais c'est une exposition à la Tate gallery de Londres en 1994 qui révéla l'apport fondateur du peintre à la sculpture du XXé siècle.
L'exposition du Centre Pompidou rassemble 205 oeuvres des musées français, et une centaine d'autres provenant de collections privées et de musées de pays étrangers.
Elle est accompagnée d'un catalogue "précieux mais difficile d'accès", selon le quotidien Le Monde. Werner Spies, premier grand spécialiste depuis 30 ans de la sculpture de Picasso qu'il a connu personnellement, en est le seul auteur.
Claude
Autant-Lara, un cinéaste controversé
PARIS, 5 fev (AFP) - Claude Autant-Lara, qui vient de mourir à Antibes (sud) dans sa 99ème année, restera comme l'un des réalisateurs les plus féconds du cinéma français avec 38 films tournés entre 1923 et 1976.
Ce créateur au caractère passionné, parfois irascible, avait défini son
art en une phrase : "Un film qui n'est pas méchant est ennuyeux. Si un
film n'a pas de venin, il ne vaut rien".
L'auteur de "La Traversée de Paris" - un de ses meilleurs films -
était né le 5 août 1901 à Luzarches, non loin de Paris, dans une famille
d'artistes : son père, Edouard Autant, architecte connu, comptait Rodin parmi
ses amis, sa mère Louise Lara était actrice à la Comédie Française.
Etudiant à l'Ecole des Beaux Arts, puis aux Arts Déco, Claude Autant-Lara est
d'abord décorateur et costumier au cinéma (notamment pour "L'Inhumaine"
de Marcel L'Herbier), avant de faire ses débuts d'assistant au côté de René
Clair.
Après un premier court-métrage, "Fait-divers" (1923) avec Antonin
Artaud, il tourne en 1925 "Construire un feu" d'après une nouvelle de
Jack London.
En 1930, il gagne Hollywood, où il réalise les versions françaises de films de Buster Keaton et Harry Langdon. De retour en France en 1933, il tourne "Ciboulette" avec le poète Jacques Prévert, son premier long-métrage marqué par l'avant-garde de l'époque.
Après "Le Mariage de Chiffon" (1942) et "Douce" (1943),
drames psychologiques dans lesquels triomphe Odette Joyeux, Claude Autant-Lara
réalise "Sylvie et le fantôme" en 1945.
Il s'engage ensuite dans l'adaptation d'oeuvres littéraires : "Le Diable
au corps" (1946) d'après le roman de Raymond Radiguet avec Gérard
Philipe, "Le blé en herbe" (1954) d'après Colette avec Edwige
Feuillère, "Le Rouge et le Noir" (1955) d'après Stendhal avec
Gérard Philipe et Danielle Darrieux, "La Traversée de Paris" (1957)
d'après Simenon, qui offre à Jean Gabin l'un de ses meilleurs rôles, "La
Jument verte" (1960) d'après Marcel Aymé.
Exception à cette série d'adaptations : "En cas de malheur"
(1959) avec de nouveau Jean Gabin et une Brigitte Bardot qui n'a sans doute
jamais été aussi bien dirigée que dans ce film.
Ces oeuvres déclenchent le scandale : Autant-Lara se voit taxé
d'anti-cléricalisme, de pornographie et d'insulte à la nation. De leur côté,
les jeunes de la Nouvelle Vague l'accusent de faire un cinéma de
divertissement, "démodé", sans ambition.
Après "Tu ne tueras point" (1961), un film sur les objecteurs de
conscience et interdit en France alors engagée dans la guerre d'Algérie,
Autant-Lara réalise "Le Journal d'une femme en blanc", (1965), et
"Le Nouveau Journal d'une femme en blanc" (1966), consacrés au
problème de l'avortement. Deux oeuvres qui déchaînent les polémiques.
En 1973, Autant-Lara adapte "Lucien Leuwen" de Stendhal, pour la
télévision.
Il écrit en 1984 des Mémoires au titre significatif de son état d'esprit
"La rage dans le coeur".
Un dernier scandale précipite sa retraite. Elu en 1988 à l'Académie des
Beaux-arts, puis élu député européen l'année suivante sur la liste du parti
d'extrême-droite Front national, Claude Autant-Lara, bien qu'ancien président
de la Fédération nationale du spectacle CGT (syndicat proche des communistes)
de 1947 à 1963, tiendra des propos violemment antisémites, notamment dans une
interview à l'automne 1989.
Poursuivi pour injures raciales, relaxé en 1991, le vieux cinéaste, déclaré
"persona non grata" à l'Académie des Beaux-Arts, démissionne
rapidement du Parlement européen.
NEW YORK, 31 déc (AFP) - Deux cents
personnes mangent, se lavent, tirent à la mitrailleuse et font l'amour en
public depuis dix jours à "l'hôtel capsule" de New York, une création
futuriste de quarante artistes inspirés par la fin du millénaire et
l'"extinction de l'homme".
Le projet "QUIET", financé par Josh Harris, richissime créateur
d'une chaîne de télévision sur internet, se veut une rétrospective
artistique de la deuxième guerre mondiale et une anticipation de la prochaine.
"Depuis la dernière guerre nous savons que nous sommes espionnés"
explique Ashkan Sahihi, photographe et co-organisateur. "Mais notre époque
a franchi un pas de plus: grâce au web ces informations sont accessibles à
tous".
Dans l'hôtel capsule, toute activité humaine est donc publique: les résidents,
artistes venus de différents pays ou anonymes sélectionnés sur entretien,
s'espionnent en permanence, de la douche au dortoir et aux repas, grâce à 110
caméras vidéo.
Habillés de pantalons oranges, échangeant de fausses pièces de monnaie, ils
couchent dans des alvéoles superposées, équipées d'une caméra, d'une télévision
et d'une télécommande.
Les volontaires peuvent subir des interrogatoires dans une salle munie d'une
glace sans tain ou s'exercer au maniement d'armes de guerre (fusils d'assaut,
mitrailleuse, revolver) chargées à blanc.
Dans d'autres pièces des peintres, des sculpteurs et autres artistes inspirés
par l'avènement, au prochain millénaire, d'un "nouvel ordre mondial
virtuel" travaillent sous l'oeil des caméras.
La douche commune, une hexagone de plastique transparent, est plantée au milieu
du dortoir.
"J'étais curieuse de voir ce qui pourrait sortir de tout cela, et de
moi" explique Karin, une new-yorkaise de 23 ans.
Au sous-sol, le bar-night-club-salon-salle de jeu permet l'expression de
"tous les vices" humains. Des niches équipées de matelas devraient
être, le soir du réveillon, le théâtre d'un "tournoi sexuel" avec
au moins cinq couples. Des répétitions ont déjà eu lieu, selon Ashkan Sahihi.
"L'idée est de laisser une trace de notre passage avant que l'homme ne
devienne obsolète", résume Josh Harris, récemment surnommé "l'Andy
Warhol de la WebTV" par la revue New York Magazine. "Bientôt, les
technologies modernes vont transformer l'humanité". Il assure avoir dépensé
700.000 dollars pour ce réveillon original.
Les résidents
quitteront l'hôtel capsule samedi. Josh Harris espère ensuite monter des
projets similaires à Tokyo et Berlin.

Robert Bresson, "le cinéaste-moine" vient de décéder
à l'âge de 98 ans.
Bresson is the French cinema, as Dostoyevsky is the Russian novel and
Mozart is German music. Listen to
him: “A good craftsman loves the board he planes...”
Jean Luc Godard
PARIS, 21 déc (AFP) - Robert Bresson, le
"cinéaste-moine" qui vient de décéder à l'âge de 98 ans, est
l'auteur d'une oeuvre à part et singulièrement ambitieuse dans l'histoire du 7ème
art.
Ce "janséniste de la mise en scène", à la haute et mince
silhouette, au visage sévère, à l'épaisse chevelure blanche, qui fuyait la
presse, résumait ainsi son art: "le cinéma est mouvement intérieur".
"L'incommunicabilité est derrière tout ce que je fais", ajoutait-il
de son ton mécanique.
Des "Anges du péché", son premier long métrage, tourné en 1943, à
"l'Argent", son dernier film, en 1983, l'austérité et l'exigence
apparaissent comme les deux règles d'or de la liturgie bressonienne.
"Les acteurs étaient chez lui
les pâtes à modeler d'un cinéaste aux exigences terrifiantes, réputé
tourner une dizaine de fois au moins chaque prise, jusqu'à l'épuisement des
comédiens", selon le journal Libération.
Né le 25 septembre 1901 dans le Puy-de-Dôme, fils d'officier, Robert Bresson,
après avoir étudié la peinture, se tourne vers le cinéma par l'entremise de
René Clair. En 1934, il réalise sa première oeuvre, un moyen métrage,
"Affaires publiques".
Mobilisé en 1939, fait prisonnier, Bresson passe plus d'un an derrière les
barbelés d'un stalag. Libéré, il prépare un scénario sur les soeurs de Béthanie.
Jean Giraudoux en écrira les dialogues. Ce sera "les Anges du péché",
révélateur déjà de l'univers bressonnien mais dont le cinéaste reniera plus
tard la forme conventionnelle.
En 1944, il réalise "les Dames du Bois de Boulogne", tiré d'un
passage de "Jacques le fataliste" de Diderot, et dont Jean Cocteau écrit
les dialogues. Cette oeuvre empreinte d'un parti-pris de froide perfection, où
la passion est tout calcul, est mal accueillie par la critique.
En 1949, il participe avec Cocteau à la création
de la revue "Objectifs 49" à laquelle collabore l'équipe des futurs
"Cahiers du cinéma". En 1950, il adapte à l'écran "Le journal
d'un curé de campagne", le roman de Georges Bernanos, dont il signe également
le scénario et les dialogues.
Dans ces oeuvres, il reprend un de ses thèmes favoris, celui de la pure victime
sacrifiée à une force obscure, qu'il s'agisse de Dieu ou du destin.
En 1967, il réalise "Une femme douce", avec une actrice alors
inconnue, Dominique Sanda. "Les quatre nuits d'un rêveur" (1971)
transpose dans le Paris contemporain une nouvelle de Dostoïevski.
"Lancelot du Lac" (1974) reprend le thème des Chevaliers de la Table
ronde, mais l'épopée a fait place à la nostalgie: Lancelot a échoué dans sa
quête du Graal. De longs silences alternent avec des monologues dits d'un ton
monocorde. Ce film, l'un des plus austères de Bresson, est réalisé en
couleur, dans des tons gris et bleus.
Dans "Le diable probablement" (1977), le cinéaste aborde les problèmes
contemporains de la pollution, de la drogue, l'évolution du christianisme, ce
qu'il estime être le "vertige suicidaire de notre civilisation".
En 1983, déjà octogénaire, Bresson présente au festival de Cannes son
dernier film, "l'Argent", véritable réquisitoire contre la société
française, oeuvre d'un moraliste intransigeant.
Bresson --dont Jean Cocteau disait: "il est à part dans ce métier
terrible. Il s'exprime par le cinéma comme le poète par sa plume"-- avait
publié en 1975 des "Notes sur le cinématographe". Dans cet ouvrage,
il insistait sur le rôle primordial de l'instinct dans la mise en scène.
"Caméra et magnétophone, emmenez-moi loin de l'intelligence qui complique
tout", concluait-il. Son oeuvre a fait l'objet d'une rétrospective à la
Cinémathèque française en 1997.
Giacometti
La
sculpture investit les jardins du Palais Royal
PARIS (AP) -- Les plus grands maîtres contemporains de la sculpture seront célébrés
dans les jardins du Palais Royal, à Paris, à l'occasion d'une rétrospective
organisée de mars à juin 2000 par le ministère de la Culture.
Le thème retenu est ``L'Homme qui marche''. Placée sous le haut patronage de
l'UNESCO, l'exposition rassemblera une trentaine d'oeuvres d'artistes français
et étrangers, d'Arman à Zadkine, en passant par Botero, Bourdelle, César,
Giacometti, Haring ou Maillol.
Après Paris, La Haye (Pays-Bas) accueillera cette rétrospective inédite,
avant Taïpei (Taïwan) fin 2000.

Les beautés subtiles du portraitiste de la Cour de Louis XV
PARIS, 5 nov (AFP) - Les beautés subtiles du portraitiste de la Cour de Louis XV, Jean-Marc Nattier (1685-1766), font l'objet d'une première rétrospective (jusqu'au 30 janvier) au Château de Versailles, près de Paris.
Sur 80 oeuvres provenant de collections françaises et étrangères, seule "Madame Infante en habit de chasse" tranche des subtilités d'une architecture savante dans la composition et d'une palette chromatique élégante où le fameux "bleu Nattier" le dispute aux blancs perlés et gris veloutés.
A première vue, tous ces visages sont également poudrés, ces pommettes identiquement fardées, ces bouches petites, pulpeuses et carminées, relevées par les mêmes commissures répliquées chez les dames, comme chez les hommes.
Seulement, il y a Madame Infante, la moins belle des filles de Louis XV et celle qui malheureusement lui ressemblait le plus. Et Madame Infante, même flattée sur ses portraits, avait le sourcil broussailleux et le cou bref, ce qui ne pouvait échapper à un observateur comme Diderot. "Le portrait de feu Madame Infante en habit de chasse est détestable", décréta l'encyclopédiste, lors du Salon de 1761.
A ce jugement sans appel, on peut objecter, en y regardant de plus près, que "Madame la Comtesse de Brac en Aurore" ne s'épilait pas davantage et que Nattier, tout en se cantonnant dans le portrait, ne s'est pas contenté de peindre à la chaîne.
Il n'y a rien de commun entre le regard mutin de la Marquise de la Ferté-Imbault, surnommée la "Marquise Carillon" en raison de son excentricité et celui, mélancolique, de Madame Adélaïde occupée à "parfiler", autrement dit à détisser une étoffe pour en séparer les fils d'or de la soie.
Que dire du regard candide de "Madame Louise à Fontevrault", sinon qu'à mentionner cette abbaye, la peinture n'en est que plus poignante. C'est là que les quatre filles cadettes du roi, Mesdames Victoire, 5 ans, Sophie, 4 ans, Félicité, 2 ans et Louise, 1 ans, arrachées à leur mère, furent remisées pour toujours. Le cardinal de Fleury et les puissants ministres de Louis XV s'inquiétaient des dépenses qu'aurait occasionnées leur éducation.
C'est donc pour faire "une surprise agréable à la reine" Marie Leszczynska, que Louis XV décida, dix ans plus tard, de confier à Nattier le soin de faire les portraits de Victoire, Sophie et Louise (Félicité était décédée). Au moins pourrait-elle les contempler à défaut de les embrasser.
ab/cv/jm/bm e
OMC - La France n'a pas à redouter la mondialisation - Sautter
PARIS, 4 novembre - La France n'a pas à redouter la mondialisation car elle l'a déjà en grande partie réussie, a déclaré jeudi le nouveau ministre de l'Economie et des Finances, de l'Industrie et du Budget, Christian Sautter.
"La France n'est jamais plus elle-même qu'en s'ouvrant au monde (...) En cinquante ans, ce mouvement a fait d'une économie rurale menacée de déclin une puissance industrielle et une terre d'innovation", a souligné le ministre qui ouvrait la deuxième journée de la conférence internationale organisée par l'IFRI à l'occasion de son 20e anniversaire.
Christian Sautter a rendu un hommage appuyé à son prédécesseur Dominique Strauss-Kahn, "un homme exceptionnel qui a démissionné pour se laver d'un soupçon qui portait atteinte à son honneur".
Il a énergiquement condamné "le parti du repli" qui se manifeste à nouveau, selon lui, à l'approche des négociations commerciales de Seattle.
"Le parti du repli, qui rêve d'une France cultivant ses rentes à l'abri des mutations du monde et réduit son message aux dimensions de l'Hexagone, n'est pas né avec les négociations du Gatt et de l'OMC. Il remonte à Jules Méline, il a progressé dans l'entre-deux-guerres, il a triomphé sous Pétain (...) et il a fallu le courage du général de Gaulle pour ouvrir les frontières," a-t-il lancé lors de sa première intervention publique dans ses nouvelles fonctions.
"Je voudrais dire tout net ma conviction que ce parti du repli fait fausse route et qu'à se draper dans l'intérêt national, il se trompe et il nous trompe."
La France, a-t-il poursuivi, "avec Mendès-France, Monnet, de Gaulle, Mitterrand et Delors, a fait le pari d'une insertion internationale réussie s'appuyant sur une construction européenne renforcée".
Le ministre a souligné que le débat sur la mondialisation se posait encore il y a vingt ans mais que "la libéralisation des échanges et la mondialisation des économies (...) sont aujourd'hui largement accomplies".
"Dire cela ne doit évidemment pas nous conduire à verser dans la célébration béate de l'ordre établi", a poursuivi le ministre avant de définir les objectifs qu'il s'est fixés pour la nouvelle session de négociations commerciales qui débutent fin novembre à Seattle (Etats-Unis) sous l'égide de l'Organisation mondiale du Commerce.
"Seattle n'est qu'une étape," a-t-il dit, avant d'énumérer quelques objectifs :
- renforcer les règles sur les nouveaux enjeux du commerce, et y intégrer la protection de l'environnement.
- appliquer, de manière non protectionnsite mais rigoureuse, le principe de précaution quand les effets sur l'environnement ou la santé d'un produit suscitent de réels doutes
- trouver la place de l'OMC dans l'architecture internationale, en travaillant mieux avec les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) et celles chargées de la sécurité alimentaire et de la santé
- soutenir sans réserve l'initiative généreuse de l'UE visant à accorder un libre accès pour la presque totalité des produits issus des PMA (pays les moins avancés).
Christian Sautter a par ailleurs indiqué que le gouvernement de l'économie mondiale devait reposer sur quatre éléments, "aujourd'hui inégalement développés":
Un ensemble de principes reconnus, les outils de l'état de droit, les instruments d'une action collective et les espaces de la démocratie.
"La mondialisation est un défi pour les démocraties, qui doivent tout à la fois s'en saisir par le canal de leurs institutions nationales et trouver des formes nouvelles pour que ce "gouvernement" de l'économie mondiale soit aussi un "gouvernement démocratique", a-t-il déclaré. /PR

Les beautés subtiles du portraitiste de la Cour de Louis XV, Jean-Marc Nattier
PARIS, 5 nov (AFP) - Les beautés subtiles du portraitiste de la Cour de Louis XV, Jean-Marc Nattier (1685-1766), font l'objet d'une première rétrospective (jusqu'au 30 janvier) au Château de Versailles, près de Paris.
Sur 80 oeuvres provenant de collections françaises et étrangères, seule "Madame Infante en habit de chasse" tranche des subtilités d'une architecture savante dans la composition et d'une palette chromatique élégante où le fameux "bleu Nattier" le dispute aux blancs perlés et gris veloutés.
A première vue, tous ces visages sont également poudrés, ces pommettes identiquement fardées, ces bouches petites, pulpeuses et carminées, relevées par les mêmes commissures répliquées chez les dames, comme chez les hommes.
Seulement, il y a Madame Infante, la moins belle des filles de Louis XV et celle qui malheureusement lui ressemblait le plus. Et Madame Infante, même flattée sur ses portraits, avait le sourcil broussailleux et le cou bref, ce qui ne pouvait échapper à un observateur comme Diderot. "Le portrait de feu Madame Infante en habit de chasse est détestable", décréta l'encyclopédiste, lors du Salon de 1761.
A ce jugement sans appel, on peut objecter, en y regardant de plus près, que "Madame la Comtesse de Brac en Aurore" ne s'épilait pas davantage et que Nattier, tout en se cantonnant dans le portrait, ne s'est pas contenté de peindre à la chaîne.
Il n'y a rien de commun entre le regard mutin de la Marquise de la Ferté-Imbault, surnommée la "Marquise Carillon" en raison de son excentricité et celui, mélancolique, de Madame Adélaïde occupée à "parfiler", autrement dit à détisser une étoffe pour en séparer les fils d'or de la soie.
Que dire du regard candide de "Madame Louise à Fontevrault", sinon qu'à mentionner cette abbaye, la peinture n'en est que plus poignante. C'est là que les quatre filles cadettes du roi, Mesdames Victoire, 5 ans, Sophie, 4 ans, Félicité, 2 ans et Louise, 1 ans, arrachées à leur mère, furent remisées pour toujours. Le cardinal de Fleury et les puissants ministres de Louis XV s'inquiétaient des dépenses qu'aurait occasionnées leur éducation.
C'est donc pour faire "une surprise agréable à la reine" Marie Leszczynska, que Louis XV décida, dix ans plus tard, de confier à Nattier le soin de faire les portraits de Victoire, Sophie et Louise (Félicité était décédée). Au moins pourrait-elle les contempler à défaut de les embrasser.
ab/cv/jm/bm e
"Le Maroc de Matisse" à l'Institut du Monde Arabe à Paris
PARIS, 20 oct (AFP) - Les séjours qu'effectue Henri Matisse à Tanger en 1912 et 1913, commencés sous les pires auspices, seront déterminants pour sa peinture, comme en témoigne l'exposition "Le Maroc de Matisse" qui s'ouvre à l'Institut du Monde Arabe (IMA), à Paris.
L'IMA propose jusqu'au 30 janvier de suivre le cheminement de l'artiste à travers une centaine d'huiles sur toile, de dessins au fusain ou à l'encre, de papiers gouachés, découpés et collés, dans une mise en scène particulièrement réussie.
Quand Henri Matisse (1869-1954), débarque à Tanger, le 30 janvier 1912, son moral est au plus bas. Son père vient de mourir, la critique l'a éreinté au Salon d'automne et l'artiste est en proie aux doutes, mais aussi aux crises de nerfs, et à de taraudantes insomnies, comme le rappelle le commissaire de l'exposition, Pierre Schneider.
Comble de malheur, des pluies diluviennes s'abattent sur la ville blanche, contraignant l'artiste à rester dans sa chambre d'hôtel et à se remettre à la nature morte.
Dans les affres, écrit l'historien d'art Rémi Labrusse, "il médite, recompose, à l'écart, sa réflexion sur les sources décoratives de l'image à la lumière de ses souvenirs d'icônes russes et d'émaux byzantins, de murs de céramique hispano-mauresque, de tapis".
Matisse est en effet sensible à tout un vocabulaire décoratif oriental, découvert lors de séjours en Algérie, puis en Andalousie. Désormais, une question le hante: comment faire fructifier simultanément l'héritage de Cézanne et la révélation de l'Orient?
Mais le soleil brille à nouveau sur Tanger et Matisse découvre des intensités colorées telles que ce sont les valeurs entre elles -bien plus que la vérité des couleurs- qui comptent, comme l'exprime "Le Marabout".
L'atmosphère de tranquillité qui règne dans la ville, avec "ces grands diables qui restent des heures, contemplatifs, devant une fleur et des poissons rouges", frappe aussi l'artiste. Il traduit cette sérénité par une peinture très maigre, presque sans matière ("Café marocain").
Son second séjour marocain semble illuminé par ce sentiment de sérénité et c'est là, constate Pierre Schneider, que Matisse retrouve "l'indicible douceur du +quand ça vient tout seul+". C'est l'époque du triptyque ("Paysage vu de la fenêtre", "Sur la terrasse" et "La Porte de la Casbah"), du "Rifain assis", de "Zorah debout", de "La Petite mulâtresse".
De retour en France, Matisse réalise de nombreuses "Odalisques", où l'importance de l'accessoire, du décor prime tout autant que la figure humaine. Il s'agit "d'intégrer la figure dans un ensemble décoratif", de sortir de la peinture d'intimité et de "rejoindre un espace plus grand".
Mais c'est tout à la fin de sa vie que Matisse intègre cet "espace cosmique", avec les gouaches découpées et collées, où le sujet et le fond du tableau ont la même valeur, autrement dit occupent le même plan ("La Cloche").
Son grand rêve d'échapper à l'étouffement, de vivre dans un espace où l'on ne sentirait pas plus les murs que le poisson dans la mer, se trouve réalisé pour la première fois avec l'installation à l'IMA de "La Piscine", un immense chef d'oeuvre.
ab/cv/dmc/pvr moa

Art controversé sur le site de David Bowie
À partir d'aujourd'hui, le site de David Bowie héberge la version en ligne de l'exposition " Sensation : jeunes artistes britanniques de la collection Saatchi ", dénoncée par le maire new-yorkais Rudolph Giuliani comme " un truc de malades ".
Cette exposition ouvre au musée de Brooklyn (BMA) samedi 2 octobre, mais les adolescents de moins de 17 ans ne pourront la parcourir qu'accompagnés de leurs parents. Le maire a menacé de retirer les 7,2 millions de dollars de subvention annuelle si le musée persistait à exposer les pièces les plus controversées.
Un tableau en particulier a déchaîné les foudres du maire. Il représente la vierge Marie entourée de sexes féminins découpés dans des revues pornos, le tout orné de bouses d'éléphants, matière de prédilection de l'artiste anglais Chris
Ofili.
Sur davidbowie.com, une étiquette prévient les "cœurs sensibles".
par Laure Noualhat [ZDNet France]
Après l'expo "Sensation", un film suscite l'ire des catholiques
NEW YORK, 5 octobre - Après la polémique déclenchée par l'exposition "Sensation" au musée d'art de Brooklyn, une nouvelle controverse se développe aux Etats-Unis autour d'un film interprété par Matt Damon et Ben Affleck.
Lundi soir, plusieurs centaines de catholiques se sont réunis devant le Lincoln Centre de New York pour dénoncer les "blasphèmes" que comporte, selon eux, le film.
Réalisé par Kevin Smith, "Dogma", dans lequel jouent également Linda Fiorentino et Selma Hayek, met en scène deux anges déchus (Damon et Affleck) qui intriguent pour regagner leur place au paradis.
"Nous sommes ici pour dire que nous voulons plus de respect et plus d'amour, et moins de critique vis-à-vis de la foi d'autrui", a expliqué Bev Santini, une New-Yorkaise de Garden City. "Nous prions pour que Michael Eisner, Disney et Miramax cessent de ridiculiser les chrétiens et les catholiques du monde entier", a-t-elle ajouté.
"Dogma" a été produit avec le soutien de Miramax, filiale de Disney.
La Société américaine pour la défense de la tradition, de la famille et de la propriété, qui s'est jointe à la Ligue catholique et à d'autres organisations, dénonce dans un tract distribué lundi un film qui, selon elle, "tourne en dérision tout ce que nous tenons pour sacré: Dieu, l'Eglise, l'Eucharistie et la virginité de Marie".
"Il ferme les yeux sur ce que nous condamnons: le meurtre, l'obscénité, la violence, la grossièreté, les drogues, l'ivresse et la rébellion", poursuit le tract.
Les Clinton dans la mêlée
Ce rassemblement contre "Dogma" intervient après des manifestations similaires ce week-end contre une exposition d'artistes contemporains britanniques au Brooklyn Museum of Art.
"Sensation", inaugurée samedi, avait déjà suscité la polémique à Londres lors de sa présentation à la Royal Academy en 1997 et dans d'autres villes européennes.
La présence d'une oeuvre de Chris Ofili, un portrait de la Vierge Marie peint au milieu d'excréments d'éléphants et de coupures de magazines pornographiques, est au coeur de la polémique entre la direction du musée et les défenseurs de la liberté de l'art d'une part, le maire républicain de New York Rudolph Giuliani et les associations catholiques de la ville de l'autre.
La controverse a atteint la Maison blanche, qui indique dans un communiqué diffusé lundi que les époux Clinton partagent la même opinion sur la question: l'exposition est insupportable mais la décision de Giuliani de retirer les subventions municipales dont bénéficie le Brooklyn Museum of Art n'est pas justifiée.
Hillary Clinton et Rudolph Giuliani devraient s'affronter l'année prochaine pour le siège de sénateur de New York laissé vacant par le sénateur Patrick Moynihan. /HPA
REUTERS
Bangkok se met en scène pour un "happening" d'art contemporain
BANGKOK, 8 oct (AFP) - Mégapole réputée inhumaine et polluée, en pleine crise d'urbanisme, Bangkok rêve de briser son image en devenant pendant trois semaines la scène vivante d'une série de "happenings" d'art contemporain. Une première en Asie du Sud-Est.
L'exposition itinérante "Cities On The Move" (Des villes en mutation) s'arrête dans la capitale thaïlandaise, après Vienne, Bordeaux, New-York, Humelebaek (Danemark), Londres, et avant Séoul.
Avec une originalité propre à la "Cité des Anges" (le surnom de Bangkok): la centaine d'artistes créeront leurs oeuvres au coeur de la ville, en décor naturel, et pas dans un lieu clos et unique.
"Cities On The Move" est à l'origine consacrée aux bouleversements sociaux induits par l'explosion urbaine en Asie de l'Est. Conçue en Europe, l'exposition revient à ses origines.
"Bangkok permet de confronter l'exposition à sa source même d'inspiration. La ville concentre la réalité des thèmes abordés", explique Francine Méoule, représentante de l'Association Française d'Action Artistique (AFAA), qui co-pilote le projet.
De fait, la capitale thaïlandaise est synonyme de l'essor fulgurant, incontrôlable et chaotique des métropoles asiatiques.
Mais malgré son expansion anarchique, elle n'a pas perdu tout le charme des vieux quartiers de petits artisans et d'échoppes, irrigués par des labyrinthes de ruelles, sous des autoroutes suspendues entre gratte-ciels de verre et d'acier.
"La ville est un remarquable creuset entre le neuf et le vieux, l'Orient et l'Occident, la tradition et l'avant-garde qui se percutent dans une explosion vivante, colorée et chaotique", estime Michel Caillouet, ambassadeur de l'Union Europénne, partenaire financier du projet.
En s'intégrant à la jungle bétonnée, l'exposition se veut le miroir contemporain de la mutation des cités d'Asie.
"Chacun a une vision différente de la manière dont une ville pourrait se développer et de son potentiel. C'est comme ça qu'évoluent les villes", souligne l'un des commissaires de l'exposition, l'Allemand Ole Scheeren.
Transformée en galerie d'art à ciel ouvert, Bangkok mettra en scène à partir de vendredi son fleuve, le Chao Phraya, ses célèbres triporteurs, les "Tuk Tuks" et son tout nouveau métro aérien pour des "performances" contemporaines.
Tours vides, grues, centres commerciaux, complexes de cinémas, chantiers abandonnés serviront d'espaces conceptuels à des artistes venus d'une vingtaine de pays, essentiellement d'Asie et d'Europe.
Les pages du quotidien anglophone The Nation, les panneaux publicitaires, les arrêts de bus seront aussi mis à contribution.
La municipalité, qui cherche à humaniser Bangkok, a engagé depuis la crise économique de 1997 une réflexion sur le renouveau urbain et son impact sur les citadins. Elle a été séduite par une manifestation artistique au "contact direct" de l'homme de la rue.
"C'est aussi un moyen de mettre la ville en valeur internationalement, de la regarder autrement", selon un des organisateurs.
Certes, l'art contemporain n'apporte pas de solutions préfabriquées aux problèmes socio-économiques des mégapoles, notent les experts, mais il contribue à remettre en question certaines orientations du développement urbain.
La croissance de Bangkok a été cassée net par la crise économique. Des architectes thaïlandais ayant perdu leurs chantiers proposent aujourd'hui de s'inspirer de la vie nomade des SDF qui recyclent constamment leurs abris de carton.
"Il est temps de penser à des langages architecturaux et artistiques vraiment flexibles et en perpétuelle évolution", plaident les concepteurs de l'exposition, le Chinois Hou Hanru et l'Allemand Hans Ulrich Obrist.
"Notre espace urbain doit pouvoir prendre en compte toutes sortes de mouvements et de mutations, y compris les crises", disent-ils.
str-agr/pp eaf
Deux collections françaises exceptionnelles seront dispersées à Londres
Le Monde, samedi 2 octobre
Deux collections françaises exceptionnelles - 146 ouvrages rares, chefs- d'oeuvre de la littérature des XIXe et XXe siècles, du bibliophile Renaud Gillet ; 287 photographies du XIXe siècle et de l'entre-deux-guerres conservées par André Jammes - ne pourront être mises en vente en France par Sotheby's - elles seront dispersées à Londres, le 27 octobre - du fait de l'interdiction qui frappe les maisons anglo-saxonnes de vendre dans un espace qui n'a pas obtenu l'agrément de la chambre de discipline des commissaires-priseurs parisiens. LE GOUVERNEMENT tarde à mettre la législation française en conformité avec les directives européennes, qui imposent l'ouverture du marché de l'art à la concurrence. VICTIMES de ce manque d'empressement, les musées et institutions françaises n'auront pas la possibilité d'user de leur droit de préemption.
Harry Bellet
" FROM Stendhal to René Char ", en anglais dans le texte. C'est le titre, choisi par Sotheby's, pour la vente de la collection de livres réunis durant un demi-siècle par le bibliophile français Renaud Gillet. 146 ouvrages rares, chefs-d'oeuvre de la littérature des XIXe et XXe siècles, ensembles surréalistes
et livres d'artistes, estimés entre 20 millions et 30 millions de francs (entre 3 millions et 4,6 millions d'euros), qui seront dispersés le 27 octobre à Londres. En même temps qu'une autre collection, de photographies celle-là, appartenant au libraire André Jammes. Pourquoi Londres ? Parce que la chambre de discipline des commissaires-priseurs parisiens a refusé que leurs confrères, Mes Poulain et Le Fur, tiennent le marteau dans les locaux de Sotheby's à Paris (lire ci-dessous).
" Nous n'avons pas voulu que la vente se tienne à la galerie Charpentier, explique Me Millon, qui fut quatorze ans durant le président de la chambre de discipline, avant de renoncer, le 14 septembre, à briguer un nouveau mandat. D'abord parce que, si Sotheby's peut vendre à Paris sans attendre le vote de la loi, cela risque de rendre moins urgente la réforme, aux yeux des autorités. Ensuite, parce que nous nous plaçons désormais dans une perspective commerciale : pourquoi n'utiliserions-nous pas tous les moyens à notre disposition pour lutter contre un concurrent ? Hervé Poulain aime la course automobile : là, il nous a doublé pendant le tour de chauffe. "
Des automobiles, justement, Me Poulain va en vendre à Paris, pour Sotheby's, le 13 décembre : " Contrairement à ce qu'ont écrit certains journaux, explique t-il, cela n'a rien d'un passage en force. Nous avons sollicité et obtenu de faire trois ventes dans notre nouvelle salle du Palais des Congrès, porte Maillot. La première sera consacrée à des tableaux, des meubles et des objets d'art provenant de la succession de Mme Pimodan, la seconde réunira des tableaux modernes et des objets art-déco, la troisième des automobiles de collection. Sur les 80 véhicules, Sotheby's nous en confie une quinzaine. " Laure de Beauvau Craon, présidente de Sotheby's-France, confirme : " Poulain et Le Fur sont devenus les numéros un de la vente de voitures. Nous allons regrouper chez eux les ventes que nous tenions à Monaco ou Londres. "
" Le seul moyen de concurrencer les Anglos-Saxons, c'est de se regrouper autour du label Drouot "
Paris, capitale européenne de l'automobile... Mais pour le reste ? Hugues Joffre, directeur de Christie's France, qui expose actuellement la collection Akram Ojjeh (un Van Gogh, un Fragonard, quelques impressionnistes et un Picasso de 1901, mais aussi des meubles estampillés Boulle, Weisweiler ou Riesner), est très clair : " Réforme ou pas, nous aurions vendu les tableaux à New York, où ils sont moins taxés. Mais Paris était idéal pour les meubles. Nous les vendrons à Monaco. Si, par sa lenteur, l'Etat veut continuer à se priver des retombées fiscales d'une vente à Paris, je n'y peux rien. "
Ce manque d'empressement à réformer le statut des commissaires-priseurs, préalable nécessaire à l'autorisation pour Sotheby's et Christie's de vendre en France, a été dénoncé fermement par les sénateurs, qui ont eu à débattre du projet de loi, le 10 juin, après avoir effectué un vrai travail de fond. Un rapport, parfois contestable mais remarquable, de Yann Gaillard, sénateur (RPR) de l'Aube, fait même une histoire du marché de l'art qui mérite le détour (sur Internet, www.senat.fr).
Le gouvernement n'est pourtant pas seul en cause, même si le marché de l'art ne fait visiblement pas partie de ses priorités : depuis la saisie, le 1er octobre 1992, de la Commission européenne par Sotheby's, sept ans se sont écoulés. En 1995, la Commission a mis la France en demeure d'adapter sa législation. Un premier projet, soumis par Jacques Toubon, alors garde des sceaux, a été rendu caduc par la dissolution. Le projet de loi présenté par Elisabeth Guigou a été remanié par la droite sénatoriale, puis voté le 10 juin par le RPR, l'UDF et DL. Le PS et le PCF se sont abstenus ( Le Monde du 12 juin).
Le projet de loi est désormais dans les mains de Nicole Feidt, députée (PS) de Meurthe-et-Moselle, rapporteur du projet à la commission des lois de l'Assemblée nationale. Elle a commencé ses auditions : une trentaine de personnes qui doivent l'éclairer sur la fiscalité, l'indemnisation due aux commissaires-priseurs pour la perte de leur monopole, la situation des personnels des études, principaux points amendés par le Sénat dans le texte du gouvernement. Elle est raisonnablement optimiste : " J'espère une première lecture à l'Assemblée avant la fin de l'année, si le calendrier et les priorités du gouvernement le permettent ; sinon, un examen au début de l'année prochaine. Les choses pourraient aller encore plus vite si l'on peut réunir une commission paritaire entre l'Assemblée et le Sénat. Mais cela ne devrait pas poser de gros problèmes, car il s'agit d'une adaptation à une obligation européenne. Il faut désormais sauter le pas. "
Mais opposition et gouvernement sont d'accord pour vanter les mérites de l'hôtel Drouot : " Un outil sans équivalent par le brassage d'objets et de personnes ", selon les sénateurs, qui ajoutent : " Sa richesse tient, pour une bonne part, à ce mélange des genres, ce joyeux désordre, aux antipodes des vacations aseptisées à l'anglo-saxonne. Un certain nombre de professionnels en font une structure dépassée ; d'autres y voient encore une formidable "machine à vendre", des "puces" en plein coeur de Paris, où il se passe toujours quelque chose... "
C'est aussi l'avis de Joël Millon, qui précise les raisons de son retrait : " Durant mes mandats, j'ai proposé un certain nombre de projets à mes confrères, qui ont préféré suivre des stratégies personnelles. Je crois que le seul moyen de concurrencer les Anglos-Saxons, c'est de se regrouper autour du label Drouot. Mon départ est destiné à motiver mes confrères : j'ai le sentiment qu'ils comptaient un peu trop sur mes seules forces. J'ai voulu provoquer chez eux un sursaut d'amour pour Drouot. Maintenant que je ne représente plus l'ensemble de la profession parisienne, je vais pouvoir jouer les mouches du coche, les secouer un peu. "
Des secousses, ils en auront besoin. Le 29 septembre, les commissaires-priseurs ont procédé au renouvellement des quinze membres de la chambre de discipline. Le 5 octobre, ils éliront un nouveau président. Il y a deux candidats : Me Cheval et Me Ribeyre, deux quinquagénaires fort honorables, mais peut-être pas les mieux à même de remuer le cocotier. Me Millon martèle pourtant : " La question est : sommes-nous assez riches pour perdre tout ce que Drouot représente ? Je ne crois pas. Il faut y monter une seule maison de vente, dont tous les commissaires-priseurs seraient les satellites. Y réunir pour une ou deux ventes de prestige tous les objets importants qui passent dans toutes les études, toute l'année. "
Qui tiendrait le marteau ? " Peu importe, répond Me Millon. Personne ne s'intéresse à qui le tient chez Sotheby's ou Christie's. " Mais, compte tenu de l'ego parfois surdimensionné de la plupart de ses confrères, la question est loin d'être résolue.

Voyage dans le Paris underground des artistes
PARIS, 3 sept (AFP) - Adeptes du happening culturel ou poussés par la nécessité, les artistes squatteurs, à l'affût à Paris de grands espaces inoccupés, défendent "le droit à la création" pour ceux que ne reconnaissent pas les circuits officiels de l'art.
Rarement isolés, plus souvent réunis en collectifs ou associations, les artistes errants sont parfois des "squatteurs professionnels", mais "la majorité ne demandent qu'à se fixer, en payant un loyer abordable", affirme Jean-Paul Reti, président de l'association du 91, quai de la Gare, ancienne friche industrielle du XIIIème réanimée par quelque 250 artistes.
Avec ses grafs couvrant les façades haussmanniennes donnant sur la Bourse et sa techno, le squat Yabon, évacué par la police vendredi, illustre un certain type de lieux underground, ouvert au public et à toute expérience culturelle, au risque de dérives.
A l'opposé, Rudy Cohen, jeune poète de vingt ans débordant d'idées, ancien de Yabon qu'il juge trop "anarchiste", a créé "Survolt", qui accueille depuis avril dans un ancien hôtel (11, rue Notre-Dame-de-Lorette, XIème), "ceux qui ont quelque chose à dire, à condition qu'ils se conforment aux règles": ni drogue, ni alcool, et un droit d'entrée. Ouverture au public le 18 septembre.
L'objectif des squats est la durée. "Un rapport de forces s'établit entre le propriétaire et l'association, qui fait pression en s'imposant comme lieu attractif pour le public ou au contraire par la discrétion", dit Me Jean-Charles Plançon, avocat des squats.
squats normalisés
"Cela se passe mieux quand c'est un propriétaire public", dit-il, comme pour "La Forge" (23-25 rue Ramponeau, XXème), "normalisée" après sept ans de lutte. Un "gardien" veille à l'entrée de l'allée menant au hangar où les artistes plient bagage avant la réhabilitation prévue par la Ville de Paris, en échange d'activités d'animation du quartier.
C'est le cas aussi, toujours dans le XXème, du 41, rue des Panoyaux, devenu "Cité des artistes", du 45, rue des Orteaux où deux anciens bâtiments industriels ont été sauvegardés.
Certains, menacés d'expulsion, sont néanmoins des institutions, comme "La Grange aux Belles", forte de 2.500 signatures de soutien, qui égaye depuis cinq ans le quartier avec sa façade couverte de mosaïque. Sa trentaine d'artistes s'est imposée dans le quartier, avec concerts, expositions, ateliers d'enfants.
Le "54" de la rue Myrha (XIIIème), propriété de la Ville de Paris, est aussi une "bouffée d'air dans le quartier", estime Giselle, qui, à 30 ans, a réalisé son rêve d'enfant, fabriquer des chapeaux. "Pour ceux qui débutent, le squat est la seule solution", ajoute-t-elle. Ouverture au public le 23 septembre.
Plus discret, "In-fact" gère depuis trois mois un immeuble de sept étages, 51, rue de Châteaudun (IXème), propriété d'Alliance (assurances). "On voudrait rester au moins un an avec un loyer symbolique", dit Gustavo. Refuge de trente artistes permanents, et de trente autres accueillis pour deux mois et sur dossier, il n'est ouvert au public que sur rendez-vous.
Si beaucoup évoquent "l'émulation, la pression due au côté éphémère de l'installation, la possibilité de montrer ses oeuvres gratuitement", il n'empêche que la lutte incessante pour "tenir" en épuise plus d'un.
"Après le 28 septembre, je n'ai plus qu'à aller en province", dit Simone Grippa, au 1, impasse Carrière-Mainguet (XIème), au son de la forge actionné par l'un des occupants de cette ancienne usine de confection.
Le "réalisme socialiste" triomphant au musée de Kozlowka
VARSOVIE, 1er sept (AFP) - Une imposante exposition des oeuvres d'art du style dit réalisme socialiste, intitulée "Le souffle de Staline", attire chaque jour des centaines de visiteurs au musée de Kozlowka, dans le sud-est de la Pologne.
Des rangées de bustes de Lénine et de Staline y côtoient des sculptures de braves ouvriers et paysans anonymes bâtisseurs d'un avenir que l'on disait radieux, sous le regard sévère des pères du communisme Marx et Engels, dont les portraits ornent les murs.
Pour en rajouter à l'ironie de l'Histoire, cette exposition est organisée dans l'ancienne résidence de la célèbre famille aristocratique polonaise des Zamoyski, fondateurs de la ville de Zamosc toute proche.
Le réalisme socialiste fut un courant artistique qui a fait de l'art un outil au service de la politique, de l'idéologie et de la propagande. Créé dans l'Union soviétique des années 1920, ce style devint pour plusieurs décennies unique et obligatoire dans la littérature, l'art et l'architecture des pays communistes.
Quelque 2.000 tableaux, sculptures, tapisseries et affiches ont été réunis au musée de Kozlowka, provenant en particulier des régions polonaises de l'Est.
Le visiteur est accueilli à l'entrée par un énorme slogan sur fond rouge: "L'ennemi te tente avec Coca-Cola", a côté d'une définition toute simple du nouveau régime: "Le Communisme, c'est le pouvoir des Soviets plus l'électrification".
Des chants soviétiques d'ouvriers glorifiant leur travail retentissent tout au long de la visite. Sur ce fond musical, on peut admirer les portraits de dirigeants communistes de divers pays, à commencer par l'ancien numéro un polonais de 1948 à 1956, Boleslaw Bierut.
Les quatre "grands" du communisme, Marx, Engels, Lénine et Staline, regardent au loin un portrait du leader cubain Fidel Castro. Certains, comme Vladimir Ilitch, méritent des cycles de tableaux: Lénine qui lit un livre sur la terrasse, Lénine dans les montagnes, ou encore un Lénine assis près d'un samovar.
Sous les portraits, des statues, des bustes et des têtes de ces mêmes leaders communistes font penser à un cabinet macabre à la Madame Tussau.
A l'autre bout de la salle, on peut admirer des spécimens de la propagande communiste. Une illustration des "temps nouveaux" opposés à la "vieille époque" qui s'adresse à l'imagination par un contraste "frappant": un cheval et une lampe à pétrole sont des attributs du capitalisme, une ampoule électrique et un tracteur sont ceux du socialisme.
Le thème préféré des artistes de l'époque, c'est le travail accompli par des mineurs heureux, des maçons souriants ou des ouvriers agricoles dans les champs. Une jeune femme gaie sur son tracteur côtoie une mère de famille nombreuse décorée d'une médaille de mérite comme une héroïne.
Au milieu de la salle, encore de grandes statues de Lénine et de Staline, debout avec une main dirigée vers le peuple ou bien assis et plongés dans la méditation.
En quittant le musée de Kozlowka, "le souffle de Staline" dans le dos, on peut encore serrer une énorme et puissante main de Bierut qui vous dis "à bientôt" sur les dernières notes des chants soviétiques.
jg-mrm/pad/mf eaf.tmf
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