ARCHITECTURE
Dix
milliards de francs pour rénover l'ensemble des prisons
17ème
Journées du Patrimoine : Les Français fidèles à leur patrimoine
Frank
Gehry : Le
rock explose dans un musée électrique à Seattle
La Biennale de Venise appelle les architectes à plus d'éthique
Rogers :
« La France n’est pas fair-play ». L’architecte britannique,
dénonce l’intervention des politiques dans un concours à Lille.
Inauguration mouvementée pour le nouveau "pont du Millénaire" à
Londres
"La
Beauté" en Avignon: d'un palais gothique à une folie en silicone
L'UE
veut améliorer l'environnement urbain, cadre de vie de 80% des Européens
Projet
immobilier controversé à proximité du château de Fontainebleau
INTERIEUR
EXTERIEUR. LES ARCHITECTES ET LEUR MAISON, de Jean-Louis André et Eric Morin
L'ARCHITECTURE
TRANSFORMEE, de Kenneth Powell
Architecte de prison: "une mission presque humanitaire"
Pas
de répit dans la destruction du vieux Pékin
Monuments
historiques: 400 millions de francs de travaux d'urgence
-
Des jardins sur les toits à Chicago pour faire baisser la température
- Ordre des Architectes
et la Législation
-
Renzo
Piano va construire un grand musée Paul Klee à Berne
-
Jean
Nouvel crée "un musée fondé sur le mystère" pour les Arts Premiers
ARCHIVES

AGEN
(Reuters) - Lionel Jospin a annoncé le lancement en 2001 d'un plan de 10
milliards de francs de crédits budgétaires pour rénover l'ensemble des
prisons françaises et a confirmé la mise en chantier d'une loi pénitentiaire.
Le
Premier ministre, qui inaugurait à Agen la nouvelle Ecole nationale
d'administration pénitentiaire (Enap), a rappelé que le gouvernement avait déjà
décidé la construction de dix nouveaux établissements sur cinq ans et la rénovation
des cinq plus grandes maisons d'arrêt.
"Il
faut maintenant passer à la vitesse supérieure", a-t-il dit. "Dix
milliards de francs seront dégagés dans le cadre des lois de finances. Ils
assureront le lancement sur six années de la mise aux normes de l'encellulement
individuel et de la rénovation de l'ensemble des petits et moyens établissements
pénitentiaires."
Un
supplément d'autorisations de programmes d'un milliard de francs sera ainsi prévu
dès le budget 2001. Cette somme s'ajoutera aux 500 millions de francs déjà prévus
en 2001 pour la rénovation des cinq maisons d'arrêt de Marseille,
Loos-les-Lille, Fresnes, la Santé et Fleury-Mérogis, qui coûtera au total 3,5
milliards de francs.
Ces
3,5 milliards sont inclus dans l'enveloppe globale de 10 milliards, à laquelle
s'ajoutent environ trois milliards de francs pour les dix établissements neufs,
précise l'entourage de Lionel Jospin.
Outre
la rénovation des cinq grandes maisons d'arrêt, 130 opérations immobilières
seront ainsi lancées dans les six années à venir, afin que ce vaste programme
puisse être achevé dans dix ans, ajoute-t-on de même source. La conduite de
ce programme sera confiée à un nouvel établissement public.
Il
y a au total en France 187 établissements pénitentiaires où 48.831 personnes
étaient détenues au 31 octobre.
"Par
rapport à ce nombre de détenus, il manque 12.000 à 15.000 places",
souligne l'entourage du Premier ministre.
Les
révélations d'un médecin, Véronique Vasseur, sur la vétusté et les
mauvaises conditions de détention de la Santé avaient amené cette année
l'Assemblée nationale et le Sénat à se pencher sur ce dossier. Lionel Jospin
a qualifié d'"accablant" le constat des deux commissions d'enquête
parlementaires.
Selon
son entourage, le Premier ministre a décidé cette semaine de mettre en oeuvre
le plan de rénovation d'ensemble que lui avait proposé Elisabeth Guigou,
encore garde des Sceaux, au début de l'été. Il s'agit, outre l'amélioration
des conditions d'hygiène et de sécurité, d'appliquer le principe "un détenu
par cellule" imposé par la loi sur la présomption d'innocence.
"Un
détenu par cellule"
Celle-ci
prévoit que cette norme doit être effective dans les trois ans, c'est-à-dire
au plus tard en 2003. Un objectif que les conseillers du Premier ministre jugent
cependant difficile à atteindre, malgré l'ampleur du plan envisagé.
Lionel
Jospin a promis d'"impulser" une "politique résolue en faveur du
développement effectif des mesures alternatives à l'incarcération", dont
les travaux d'intérêt général et le placement sous bracelet électronique,
parallèlement au plan de rénovation.
La
décision de "délocaliser" l'Enap, jusqu'ici installée à Fleury- Mérogis,
en région parisienne, avait été prise en 1994 par l'UDF Pierre Méhaignerie,
qui était alors garde des Sceaux.
Le
campus de la nouvelle école peut héberger plus de 850 élèves. L'Enap assure
la formation de toutes les catégories de personnel pénitentiaire, des
surveillants aux directeurs en passant par les conseillers d'insertion et les
personnels administratifs.
Lionel
Jospin a souligné qu'il entendait, par son déplacement, marquer le soutien de
l'Etat à une profession dont les conditions de travail sont "souvent
ingrates". Il a qualifié d'"inacceptables" les "violences
et les agressions" commises contre les personnels pénitentiaires.
Le
18 octobre, Elisabeth Guigou avait conclu avec les syndicats Ufap et FO de
gardiens de prison, juste avant de prendre ses fonctions de ministre de
l'Emploi, un accord sur des augmentations de salaires et d'effectifs qui a mis
fin à deux semaines de conflit.
Lionel
Jospin a aussi évoqué le sort des détenus. "Aujourd'hui, la prison
demeure une réponse incontournable aux actes de délinquance les plus graves.
Mais la prison n'est pas hors de la société", a-t-il dit. "C'est une
partie d'elle- même que la société met en prison. Les valeurs qui fondent
notre démocratie ne sauraient donc s'arrêter au seuil de la prison."
Celle-ci
"ne doit pas aggraver l'exclusion et les inégalités" mais permettre
l'accès des détenus aux soins, à la couverture sociale, au savoir et à la
culture, a estimé Lionel Jospin.
"La
fonction même des prisons sera l'objet d'une grande loi pénitentiaire",
a-t-il confirmé. "Elle définira le sens de la peine, les missions de
l'administration pénitentiaire, les règles fondamentales du régime carcéral,
en encadrant les atteintes aux libertés individuelles, les conditions générales
de détention."
Cette loi
sera présentée en conseil des ministres avant l'été 2001 et soumise au
Parlement l'automne suivant, a-t-il dit.

Villa Noailles de Robert Mallet-Stevens à Hyères 1924.
Les Français
fidèles à leur patrimoine
PARIS, 17 sept (AFP) - La "Patrimania" des Français ne se dément
décidément pas, puisqu'aux 17ème Journées du Patrimoine de samedi et
dimanche, 11,5 millions d'entre eux étaient fidèles au rendez-vous, un chiffre
égal à celui de 1999, selon le ministère de la Culture.
La grande nouveauté cette année venait de ce que l'accent avait été mis par la Direction de l'Architecture et du Patrimoine sur le "XXe siècle" - qu'il s'agisse de stades, piscines, usines transformées, villas d'architectes.
Pour autant, les grandes vedettes plus classiques n'ont pas failli au succès puisque le Sénat a totalisé 22.067 visiteurs, contre 14.020 l'an dernier, que l'Hôtel de Matignon en a attiré 15.000 (contre 9.000) et l'Elysée est passé de 5.735 à 7.300 mordus du Patrimoine.
Le Palais de justice de Paris, associé à la Conciergerie et à la Sainte Chapelle, "a fait un véritable tabac", selon François Barré, Directeur de l'Architecture et du Patrimoine en "doublant" le nombre de visiteurs : 26.000 contre 13.000.
"Nous avons enregistré un franc succès pour le Patrimoine du XXe siècle, a déclaré à l'AFP Michel Duffour, Secrétaire d'Etat au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle, puisque l'affluence pour les monuments de cette époque est passée de 3% en 1999 à 16% cette année."
Les plus grandes affluences sur ce patrimoine récent ont eu lieu dans les Régions Ile de France, Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Midi-Pyrénées et Nord-Pas de Calais.
"Ainsi, a souligné M. Duffour, le siège de Nestlé, installé dans l'ancienne chocolaterie Meunier de Noisiel (Seine-et-Marne), a totalisé en une seule journée le même nombre de visites qu'en deux jours l'an dernier, soit 20.000".
Visites plus intéressées et plus studieuses
En outre, le siège d'Air France à Roissy a enregistré 12.500 visites (comme l'an dernier), le ministère de l'Economie et des Finances est passé à 6.800 (contre 3.300 l'an dernier) et la Villa Savoye de Le Corbusier, à Poissy, a compté 2.000 personnes pour sa première ouverture.
Par ailleurs, 4.500 personnes se sont rendues au siège du Parti Communiste à Paris, 7.300 à l'Eglise du Saint-Esprit (néo-byzantine) de l'Avenue Daumesnil (XIIe), 4.500 au Parc des Princes et 1.500 à la Villa Noailles de Robert Mallet-Stevens à Hyères, dont c'était la première ouverture.
"Si l'on assiste à une stabilisation de l'affluence pour ces journées, a souligné M. Duffour, on note toutefois des modifications sensibles de la part du public qui participe à des visites plus longues, plus intéressées et plus studieuses".
Un exemple : la soufflerie classée de l'ONERA (Office national d'Etude et de recherche aéronautique) de Meudon, a enregistré 1.400 visites de près de 3/4 d'heures et a du refuser du monde.
Parmi les baisses, cette année, figurent la Cité Universitaire (3.500 visites contre 6.000), le Palais des Papes à Avignon (13.277 contre 17.795) ou la Cité de Carcassonne (4.500 au lieu de 6.000).
Le nombre de sites ouverts au public cette année était de 14.200, contre 12. 900 l'an dernier et les animations (visites de ces sites, mais aussi conférences, randonnées, circuits) s'élevaient à 17.000.
Les Journées du Patrimoine ont été lancées en 1984 par le ministre de la Culture d'alors, Jack Lang, et connaissent depuis un véritable engouement.
SEATTLE (Etats-Unis), 24 juin (AFP) - Né de
la volonté du milliardaire de l'informatique Paul Allen passionné de Jimmy
Hendrix, un musée à l'architecture provocante fait exploser le son des
guitares électriques à Seattle dans l'Etat de Washington (nord-ouest).
Le gratin de l'Amérique musicale s'est déplacé
pour l'inauguration, vendredi, de ce musée d'un genre nouveau, l'"Experience
Music Project" (EMP): Metallica, James Brown, Dr. Dre, Eminem, Snoop Doggy
Dogg, Eurythmics, Red Hot Chili Peppers, Beck, Alanis Morissette, No Doubt,
Patti Smith, Ricki Lee Jones, Joe Jackson et autres.
L'EMP, dédié au rock, a germé de l'imagination de Paul Allen, cofondateur
avec Bill Gates dans les années 70 de Microsoft, le géant américain de l'électronique.
Il a vu le jour grâce aux plans de
l'architecte californien de réputation mondiale, Frank Gehry, auteur
notamment du récent musée Guggenheim à Bilbao (Pays Basque espagnol).
Paul Allen désirait un musée consacré à la légende américaine de la
guitare électrique née à Seattle, Jimmy Hendrix, mais le projet a évolué
vers quelque chose de plus grand, de plus innovateur et de plus coûteux: 240
millions de dollars.
Le résultat ne laisse pas indifférent, les médias criant tantôt à "une
orgie de mollusques géants et multicolores", tantôt à une explosion de
"champignons en technicolor sur un gazon mouillé". L'extérieur du bâtiment
a des accents de rouge, d'argent, d'or, de mauve et de bleu-ciel.
Véritable "happening" permanent plutôt que mausolée du rock, l'EMP
a mis en scène, lors de son inauguration, 1.200 objets d'une collection
renfermant 80. 000 trésors.
Jimmy Hendrix, le génie de sang mélé noir, blanc et cherokee, occupe un
espace prépondérant.
Sont ainsi exposés: les pièces de la guitare qu'il avait fracassée lors de
son concert d'adieu à Londres, son chapeau de feutre, son cahier de poèmes
lyriques et la guitare sur laquelle il joua sa version particulièrement décousue
de "The Star-Spangled Banner", l'hymne des Etats-Unis, à Woodstock en
1969. Un an avant de mourir d'une overdose.
L'attraction principale de l'EMP, c'est la Sky Church. Nommée d'après la
vision de Jimmy Hendrix d'une maison spirituelle dans l'espace pour la génération
psychédélique, elle s'élève telle une cathédrale.
Cette "église du ciel" est consacrée à une "performance"
hallucinante: son dernier cri, écrans vidéo en mouvement perpétuel et écran
géant électronique.
Autre curiosité, la "sculpture" musicale de Trimpin, artiste spécialiste
des installations. Elle rassemble des centaines de guitares d'époques différentes
et programmées pour jouer continuellement l'une après l'autre, emportant les
visiteurs pour un voyage dans l'histoire du rock'n roll.
L'EMP, dont l'élaboration a pris une
dizaines d'années, laisse une large place aux nouvelles technologies et à
l'interaction avec les visiteurs.
Le dispositif technologique est à la mesure de l'ambition du complexe: il y a
assez de câbles pour pouvoir attacher la planète.
Un studio, équipé de guitares, de claviers, de basses et de percussions reliés
à un programme d'ordinateur, offre au public d'apprendre la musique
virtuellement.
Une salle avec des jeux de lumières et de fumées permet au public de se donner
en concert devant une audience en délire projetée sur un écran géant.
Paul Allen avait quitté Microsoft en 1983, découvrant qu'il souffrait de la
maladie de Hodkin's. Il est maintenant en rémission.
Son portefeuille, d'une valeur de 30 milliards de dollars, est engagé dans plus
de 100 compagnies. Propriétaire de deux équipes de sport, détenteur de 500
millions de dollars dans le studio de cinéma hi-tech de Los Angeles, DreamWorks,
le milliardaire discret est réputé pour les sommes prodigieuses qu'il dépense
pour des fêtes.
Il possède, entre autres, un palace ultra-moderne près de Seattle, une villa
au dessus de Cannes (France), un hôtel particulier à Beverly Hills et un
appartement de 16 pièces à Manhattan, à New York.
str-ari-jms/rf

La Biennale de Venise : " + d'éthique, - d'esthétique" ?
Extrait de
l'article de Frédéric Edelmann paru dans « le
Monde ».

Rogers : « La France n’est pas fair-play ». L’architecte
britannique, dénonce l’intervention des politiques dans un concours à Lille.
Il se voulait emblématique, il est déjà polémique... Le concours lancé pour la construction de l'hôtel de région sur le site de la foire, extension d'Euralille relance le débat sur l'architecture quand elle est prise dans le faisceau de la politique locale.
L'architecte britannique Richard Rogers, colauréat désigné le 19 mai par le jury d'architecture, a fait les frais de l'histoire. C'est une équipe lilloise menée par Luc Delemazure qui construira ce bâtiment public estimé à 560 MF. D'un point de vue urbanistique et économique, l'enjeu est majeur: c'est le signal du redémarrage de l'opération EuralilleCar ce quartier pensé par Rem Koolhaas et censé révolutionner l'urbanisme moderne n'a guère atteint ses promesses. Les deux malheureuses tours qui se battent acrobatiquement en duel au-dessus des voies TGV n'ont pas réussi à entraîner les investisseurs sur ce site. Le bilan de l'opération se chiffrait à près de 400 MF (révisé à 110 MF en 1999). Et Rem Koolhaas, lauréat du Pritzker Prize 2000, l'auteur du concept initie dénonçait récemment dans nos colonnes « la bêtise » des décideurs (voir nos éditions du 27 mai). « Euralille 2» change de cap : les architectes parisiens Leclercq et Dusapin ont repris le flambeau allumé par la star de Rotterdam. Exit le concept de rupture, place à la couture urbaine. Et Il y a du travail sur le site dit de la Foire ! Même les Verts se sont élevés contre l'implantation de l'hôtel de région sur ce site pour le moins délaissé.
Des 57 équipes d'architectes et paysagistes engagées dans la bataille, 5 (Hauvette, Gazeau, Lion, Delemazure, Rogers) avaient été invitées à présenter un projet le 19 mai dernier. Le jury d'architecture avait alors désigné deux lauréats : d'une part, le consortium local (Delamazure, Neveux, Trace, Lame associé à Wilmotte et àTribu, un spécialiste de la HQE (haute qualité environnementale), d'autre part, l'architecte anglais Richard Rogers, connu dans la région pour avoir dessiné le plan général de l'opération Neptune à Dunkerque, la ville de Michel
Delebarre. Mais le président de la région Nord-Pas-de-Calais - mis récemment en difficulté lors du vote pour le contrat de plan - a laissé la commission permanente de la région arbitrer ce débat architectural. Si, majoritairement, cette dernière s'est prononcée contre le projet Rogers, seule la gauche plurielle a voté pour le projet Delemazure, l'ensemble de la droite s'étant abstenue.
« J'ai toujours tenu les concours français en haute estime et considéré leurs conditions au-dessus de tout reproche, nous écrit Richard Rogers qui s'interroge sur le fairplay de la France, certes avec l'amertume du perdant. Cela me pousse à me poser des questions sur la validité des critères de concours en France et me fera y penser à deux fois avant de poser ma candidature à des concours lancés à l'avenir en France. »
Les deux projets s'opposent fondamentalement: monumental côté britannique, plus neutre côté français. Tandis que l'architecte du Millenium Dome a traité l'hôtel de région comme un monument structurant l'entrée de ville en éclatant les surfaces en deux barres de 200 ni de long de part et d'autre de la pénétrante, les architectes locaux ont plus joué, semble-t-il, la carte de l'intégration dans un tissu urbain bien mal en point. « Une architecture plus sobre, un projet qui a mis plus l'accent sur la convivialité, commente Jean-Marie Erneq, directeur général chargé du projet à la région, les élus avaient en mémoire la démolition des Biscottes, deux barres de 200 m de long. » Rogers - comme tout candidat, bien sÛr - est aussi victime du nouveau système de l'anonymat imposé, il n'a pu ainsi justifier de la monumentalité de son parti. « Sa capacité de séduction n'a pas pu passer, confirme JeanMarie Erneq, de surcroît il y avait une présomption de dépassement financier sur son projet. »
En sa qualité d'aménageur, Jean-Louis Subileau, le PDG d Eurallile, ne montre pas un grand enthousiasme au regard de ce choix très politiquement correct : « Evidemment, on aurait pu souhaiter un projet architecturalement plusfort, mais la Ville n'avait pas son mot à dire, c'est le choix d'un exécutif régional. » Le bâtiment doit être construit d'ici à la fin de 2003.
L'histoire de l'architecture est émaillée d'événements de ce genre. Rappellons que le concours du Reichstag à Berlin avait fait 1, objet d'une polémique retentissante après que Norman Foster eut complètement changé son projet au vu de celui de son challenger, l'espagnol Calatrava... Et ce n'est pas la première fois (lue ce genre de situation arrive en France, on se souvient, par exernple, de la mise à J'écart par Jack Lang de Jean Nouvel, colauréat (avec Rem Koolhaas) de la bibliothèque universitaire de Jussieu, ou de l'éviction par valéry Giscard d'Estaing de Jean-Michel Wilmotte lauréat du projet Vulcania, confié depuis à l'autrichien Hans Hollein, ou encore de l'annulation du concours pour le palais de justice de Bordeaux (lauréat rnalheureux Jacques Hondelatte) au profit de... Richard Rogers.
Alix de Vogüé : Le FIGARO.
Inauguration mouvementée pour le nouveau "pont du Millénaire" à Londres
LONDRES, 10 juin (AFP) - Le nouveau pont piétonnier qui enjambe la Tamise à Londres, ouvert au public samedi matin, a dû être temporairement fermé quelques minutes après son inauguration en raison d'un important mouvement d'oscillation dû au vent et au grand nombre de piétons, a annoncé la police.
Plusieurs centaines de personnes ont emprunté dès son ouverture le "pont du Millénaire", qui relie la cathédrale Saint-Paul, dans le quartier des affaires, à la Tate Modern, annexe du musée de la Tate Gallery consacrée à l'art moderne.
La structure de ce pont, un ruban de 320 mètres de long pour seulement quatre de large, prévoit une telle oscillation, mais de nombreux piétons ont exprimé leur inquiétude face à l'ampleur des mouvements sur le pont. Aucun blessé n'a été signalé, selon la police.
Les responsables du pont, dépêchés sur place, ont assuré que ces oscillations étaient normales et qu'elles ne présentaient aucun danger.
La police a alors décidé de rouvrir le pont tout en limitant le nombre de piétons l'empruntant au même moment, ce qui a provoqué de longues files d'attente de part et d'autre. En milieu d'après-midi, certains candidats à la traversée devaient attendre jusqu'à une heure et demie sous un grand soleil avant de pouvoir se lancer.
"Je crois qu'il vaut mieux prendre des médicaments contre le mal de mer avant de traverser", a plaisanté Margaret Vint, 60 ans, après avoir tenté l'expérience. "La vibration était impressionnante, je sentais toute la structure du pont se balancer", a-t-elle raconté.
Le "pont du Millénaire", construit dans le cadre des grands projets britanniques de l'an 2000, avait été inauguré le 9 mai par la reine Elizabeth II.
Samedi matin, les premiers piétons, parmi lesquels de nombreux enfants, participaient à une marche d'une quinzaine de kilomètres organisée par l'association caritative Save the Children (Sauver les enfants). Plusieurs célébrités britanniques, notamment la nouvelle compagne de l'ex-Beatle Sir Paul MacCartney, l'ancien mannequin Heather Mills, ont pris part à cette inauguration, saluée par un lâcher de ballons rouges et blancs.
L'esthétique du nouveau pont, le premier à être construit au centre de Londres depuis le célèbre Tower Bridge en 1894, a fait la quasi-unanimité en Grande-Bretagne. Fin et élancé, il doit être éclairé la nuit et évoquer une lame lumineuse reliant les deux rives de la Tamise, selon ses concepteurs.
Quelque 4 millions de piétons pourraient emprunter chaque année le pont du Millénaire, selon des prévisions fournies avant cette inauguration mouvementée.
Conçu par les architectes Norman Foster et Chris Wise, en collaboration avec le sculpteur Anthony Caro, le pont a coûté environ 18 millions de livres (30 millions d'euros). Il relie la "City", l'une des places financières les plus riches de la planète, au nord, et un quartier londonien autrefois défavorisé et aujourd'hui en pleine restructuration, au sud.
"La Beauté" en Avignon: d'un palais gothique à une folie en silicone
AVIGNON (Vaucluse), 20 avr (AFP) - Du plus beau au plus kitsch: tel s'annonce l'ensemble des manifestations qui, du 27 mai au 1er octobre, célèbreront "la Beauté en Avignon", l'une des neuf villes européennes de la culture pour l'an 2000.
A un mois de son inauguration par le président Chirac le 25 mai, le président de la Mission 2000 en France, Jean-Jacques Aillagon, Mme Marie-Josée Roig, maire de la ville, et le commissaire général Jean de Loisy, ont fait les honneurs d'un chantier qui avance à marche forcée.
Le cycle de "la Beauté", qui fait notamment appel à quelque 80 créateurs contemporains français et étrangers, se déploie en différents lieux: le Palais des Papes (20 salles), l'Espace Jeanne Laurent, le Clos des Trams - une ancienne friche industrielle -, des églises et des jardins.
On passera ainsi de l'architecture la plus gothique, celle du Palais des Papes, édifié entre 1334 et 1348, au Pavillon Gourmand, réalisé en silicone - une première - par l'architecte designer Gaetano Pesce au Jardins des Doms.
Pour l'instant, seule apparaît la charpente légère de cette structure en élastomère monocomposant translucide, dont on sait seulement qu'elle sort de la fertile imagination d'un designer souvent très kitsch et qui qualifie son oeuvre multiforme de "minestrone".
Voyage initiatique
Au Palais des Papes, dont dix des salles seront ouvertes pour la première fois au public, l'exposition intitulée "la Beauté in fabula" emprunte à Pétrarque le thème de la quête amoureuse. Il s'agit, selon Jean de Loisy, d'"un voyage initiatique au cours duquel surviennent les métamorphoses de l'âme".
Entre des tapisseries du Moyen-âge célébrant l'amour courtois et des oeuvres de Piranèse, de Hans Holbein ou de Camille Claudel, on trouvera des oeuvres d'artistes contemporains célèbres, comme le sculpteur Rebecca Horn ou le vidéaste Bill Viola.
Tout le cloître sera occupé par une massive installation de Jeff Koons, le plus kitsch et le plus cher des artistes américains, dont la structure métallique supportera des tonnes de terre arrosées pour nourrir 70.000 fleurs.
D'ores et déjà, une salle réalisée par Giuseppe Penone donne un parfum de ce que sera l'événement: des dizaines de milliers de feuilles de laurier - en hommage à la Laure de Pétraque - en tapisse les murs jusqu'aux arcs en ogive.
Tout près, à l'Espace Jeanne Laurent, une exposition sera consacrée à "la nature à l'oeuvre" dans les trois règnes: minéral, végétal et animal.
Le site EDF-Clos des Trams réunira des artistes qui, selon Jean de Loisy, "inventent, sous l'influence des technologies d'aujourd'hui, les esthétiques de nos vies quotidiennes: architecture, mode, modèle urbains, musiques technologiques".
Enfin, la ville sera pavoisée par Christian Lacroix.
Le budget total de "La Beauté en Avignon" s'élève à 58,6 millions de F, dont 30 alloués par la Mission 2000 en France.
ab/lal-cv/Glk
L'UE veut améliorer l'environnement urbain, cadre de vie de 80% des Européens
PORTO (Portugal), 15 avr (AFP) - Les ministres de l'environnement de l'UE, réunis à Porto, ont engagé le débat samedi sur les moyens de promouvoir un meilleur cadre de vie dans les zones urbaines, qui regroupent aujourd'hui 80% des Européens, et sont confrontées à des problèmes de plus en plus nombreux.
La présidence portugaise de l'UE, qui a retenu le thème de l'environnement urbain pour cette réunion ministérielle informelle, a proposé comme base de discussion un document en traçant les principaux enjeux, dans la perspective du plan d'action environnemental européen pour les 10 ans à venir, en cours d'élaboration.
Déjà très largement concentrée, la population européenne va encore croître dans les zones urbaines d'environ 4% d'ici 2010, selon les prévisions de l'Agence européenne de l'environnement. Cette situation provoque des effets négatifs évidents sur la qualité de vie dans de nombreuses cités européennes, souligne le rapport portugais.
Outre la pollution de l'air et de l'eau, les nuisances sonores ou la surconsommation d'énergie, la politique d'environnement urbain est aussi confrontée à des problèmes de nature économique et de protection du patrimoine culturel.
La dimension "transversale" des problèmes d'environnement urbain impose donc qu'ils soient considérés dans le cadre plus large du "développement durable" et à travers "une intégration dans les autres politiques sectorielles", note le document portugais.
"La ville est un excellent terrain d'expérimentation pour des solutions durables", confirme la ministre française de l'Environnement, l'écologiste Dominique Voynet. Mais l'environnement urbain "ne peut pas être piloté seulement par les ministres de l'environnement", ajoute-t-elle.
"Il faut que l'ensemble des politiques publiques contribuent à remplir les objectifs d'environnement", mais aussi "de justice sociale ou de rationalité de l'urbanisme", affirme la ministre.
Dans ce cadre, Dominique Voynet insiste sur "le concept de ville européenne" comme modèle à défendre, c'est à dire une "ville dense, avec un centre ville, des espaces publics qui favorisent la convivialité et des services publics" efficaces. Elle conteste "l'étalement urbain" et l'installation à la périphérie des villes de complexes commerciaux et de loisirs, qui favorise le déclin des centres.
Son homologue espagnole, Isabel Tocino, met de son côté l'accent sur le rôle de l'architecture et de la planification urbaine pour contribuer à un meilleur environnement.
Le 6ème plan d'action environnemental de l'UE pour les 10 prochaines années, qui est en préparation d'ici la fin 2000, devrait donc accorder une large place à l'environnement urbain, souhaite la présidence portugaise, qui a recensé "dix défis" à relever.
Parmi les grandes priorités retenues figurent notamment la promotion de modes de transport plus écologiques, la diminution de la consommation d'énergie, la réduction de la production de déchets, l'amélioration de la qualité de l'air, la préservation des sites naturels, la création de zones vertes, la revitalisation des centres historiques, la lutte contre l'exclusion sociale.
Des indicateurs devraient servir à mesurer la mise en oeuvre de ces objectifs. La Commission européenne a présenté en début d'année un projet d'indicateurs "intégrés" au niveau européen, qui prennent en compte non seulement l'environnement, mais aussi les facteurs sociaux et économiques.
Les ministres poursuivront leur réflexion dimanche en évoquant les instruments financiers qui pourraient être utilisés pour améliorer l'environnement urbain.
sbo/abm tf
Projet immobilier controversé à proximité du château de Fontainebleau
FONTAINEBLEAU (Seine-et-Marne), 9 mars (AFP) - L'agrément, donné le 28 février par le conseil municipal de Fontainebleau à la création d'un complexe immobilier et commercial ultra-moderne à quelque deux cents mètres du château, est loin de faire l'unanimité, dans cette paisible ville de 16.000 habitants.
Plus de deux cents appartements, un centre de conférence, quatre moyennes surfaces, une résidence étudiante ou hôtelière, vingt-quatre boutiques et une maison du tourisme, tel est le projet de l'architecte Jean-Pierre Buffi, soucieux de faire coexister histoire et modernité, défendu par le maire (divers droite) Paul Dubrule.
Avalisé par la commission supérieure des monuments historiques du ministère de la Culture, malgré la proximité du château, résidence de François Ier et de Napoléon, classé patrimoine mondial par l'UNESCO, le projet se veut contemporain, et Paul Dubrule le défend en évoquant la pyramide du Louvre.
Mais ce projet grandiose, qui doit être réalisé sur un terrain en friches de 2,5 hectares par une filiale du groupe Bouygues, provoque une offensive des opposants du maire, au regard de ses affaires privées. Ainsi, le centre des congrès apportera une nouvelle clientèle aux hôtels de la ville. Or, 80% de ces hôtels appartiennent au groupe Accor, dont M. Dubrule est cofondateur et coprésident du conseil de surveillance.
Enquête publique entachée d'incidents
Ces opposants, réunis au sein du Comité de défense, d'action et de sauvegarde de Fontainebleau, sont également montrés du doigt. L'enquête publique, réalisée au mois d'octobre, a été entachée d'incidents, selon le commissaire-enquêteur qui relève dans son rapport que "certains opposants s'employaient à convaincre des habitants en leur indiquant les termes forts à utiliser dans leurs écrits". Il a également noté que des groupes de 50 à 60 personnes venant d'autres villes ont signé des pétitions et soupçonne que certains signataires ne sont en fait que des touristes d'un jour, interceptés dans le château à la descente des cars.
Le commissaire-enquêteur a autorisé la poursuite du projet, mais il a émis des recommandations, tels l'accroissement des places de parking et un retrait plus important des édifices par rapport à la voie publique. Le conseil municipal a suivi ces recommandations, mais a refusé l'abaissement de deux mètres de la hauteur de la future maison du tourisme.
La préfecture, puis la commission départementale des équipements commerciaux, doivent maintenant donner leur feu vert. Une fois les permis de construire déposés, le ministère de la Culture devra émettre un avis définitif. Si le projet ne subit aucune entrave, les travaux débuteront à la fin de l'année.
INTERIEUR EXTERIEUR. LES ARCHITECTES ET LEUR MAISON, de Jean-Louis André et Eric Morin
Tous les architectes ne décident pas forcément de construire leur propre maison. Certains s'y attèlent dès le début de leur carrière, d'autres attendent la vieillesse pour oser se lancer. Dans quel cadre évoluent ces artistes qui se targuent de changer le quotidien par la qualité de leurs travaux? Pour "Intérieur Extérieur", une dizaine d'architectes de réputation internationale acceptent d'ouvrir les portes de leurs demeures privées. Le résultat dépasse l'imagination. Loin de tout voyeurisme, ces maisons apportent à leur façon une réponse aux préoccupations esthétiques de leurs occupants. D'un style unique, chaque demeure définit mieux que n'importe quelle théorie abstraite les grands courants de l'architecture contemporaine.
Maison bijou, maison à vivre, maison laboratoire ou maison manifeste: autant de choix révélateurs des ambitions de l'architecte. Nombreux sont les artistes à savourer la liberté totale de ce vaste programme laissé à leur libre interprétation. "Ce que j'ai fait là, je n'aurais pu le faire pour aucun autre client que moi-même", reconnaît Shoei Yoh, dont la maison suspendue entre terre et mer paraît flotter au-dessus d'un gouffre d'azur. D'autres demeures ressemblent à de véritables usines expérimentales. Oswald Matthias Ungers habite ainsi trois maisons différentes: "Il se trouve que j'utilise chacune de mes maisons comme un laboratoire. J'en ai besoin. Ce sont des théories construites". Sa dernière habitation, l'architecte allemand la définit volontiers comme "une idée entièrement abstraite, délibérément froide".
A l'opposé de ces rêves de splendeur architecturale, plusieurs artistes avouent rechercher en particulier "une grotte bien chaude pour y installer confortablement femme et enfants". De la vie avant tout. "Je ne veux pas être de ces architectes qui font des bâtiments tellement beaux que ce n'est pas la peine d'y mettre des gens", résume Bernard Tschumi. Certaines réalisations laissent effectivement peu de place à une vie de famille épanouie. Beaucoup d'architectes reconnaissent pourtant tenir compte des attentes de leur compagne. Et tant pis si leur femme adore le design alors qu'eux-mêmes rêvent de rigueur zen. Le souci d'un consensus au sein du couple souligne d'ailleurs l'absence regrettable de femmes parmi tous les architectes cités. Les quelques rares épouses interrogées, architectes elles-mêmes, collaborent toutes au travail de leur conjoint. Dans la plupart des cas, la frontière entre le travail et la vie personnelle s'avère difficile à préserver. Le bureau jouxte la maison, voire s'intègre totalement à la demeure privée. "Le travail est inséparable de la vie" confirme Oswald Matthias Ungers.
Au lieu de s'appesantir sur la destinée de leur réalisation personnelle, les architectes questionnés expriment tous leur jubilation de bâtir un petit monde à soi. Günther Domenig résume joliement ses longues années de recherches artistiques: "Cette maison n'aura pas été inutile de toute façon, puisqu'elle m'aura donné le plaisir de créer".
Lucile Benda
Jean-Louis André et Eric Morin, Intérieur Extérieur. Les architectes et leur maison, Editions du Chêne, 1999, 191p.
L'ARCHITECTURE TRANSFORMEE, de Kenneth Powell
Réhabilitation, rénovation, réutilisation: tels sont les trois concepts sur lesquels Kenneth Powell s'appuie afin de dégager les traits caractéristiques de la figure du réemploi dans l'architecture contemporaine. Ce secteur n'a rien d'une nouveauté, ni d'une découverte: depuis toujours les architectes ont intégré leurs créations sur des bâtiments déjà existants. Mais la réhabilitation conquiert à présent ses lettres de noblesse, en se constituant comme un véritable domaine en soi. Entre une "dictature de la sauvegarde" et la tentation moderniste d'une complète table rase du passé, le réemploi de bâtiments existants s'inscrit dans une logique pleinement créative qui cherche à cibler la relation vitale entre passé, présent et futur.
Afin d'éviter toute confusion, l'auteur rappelle en quoi ce secteur doit être distingué de la simple réparation ou restauration qui n'autorisent pas l'intégration des techniques et des besoins de notre époque. Et de citer David Chipperfield: "Nous n'avons pas à vivre dans la nouveauté d'un avenir radieux, pas plus que nous ne devons nous cacher derrière de rassurants pastiches du passé. Nous devons habiter un présent en perpétuelle évolution, motivés par les possibilités du changement, avec le bagage du passé et de l'expérience comme garde-fou". Liée aux impératifs à la fois financiers et fonctionnels, la réhabilitation n'en finit pas d'inspirer les plus grands architectes, comme autant de défis lancés du plus profond de l'histoire.
"L'architecture transformée" s'appuie sur une analyse conceptuelle des enjeux liés au réemploi avant d'examiner précisément 44 projets réalisés à travers le monde. Les structures historiques sont présentées afin d'éclairer la démarche de l'architecte. On retrouve les plus grands noms de l'architecture, comme Renzo Piano, Norman Foster ou Richard Rogers. Des photographies côtoient les plans et les vues en coupe, ce qui permet une excellente approche de chaque réalisation. Une grande place est laissée au musée, comme élément avant-gardiste du mouvement de transformation architecturale des deux dernières décennies. Travailler, vivre, se distraire, apprendre, autant de catégories ouvertes sur une pensée véritable de la réhabilitation. L'avenir est également envisagée, notamment à travers les travaux de Herzog et De Meuron Architekten pour la Tate Gallery à Londres ou de Foster pour le Reichstag à Berlin. Visiblement, l'utilisation rationnelle des nouveautés technologiques est plus que jamais au service de la mise en valeur intelligente du passé.
Kenneth Powell présente un magnifique état des lieux d'une architecture en pleine mutation, soucieuse de concilier les héritages du passé et les avancées contemporaines. L'approche est précise, claire et soutenue par une véritable réflexion. Toutes les clefs de compréhension sont données au lecteur afin qu'il puisse apprécier des travaux qui lui restent trop souvent étrangers, voire hostiles. L'architecture transformée s'adresse à un large public, du professionnel au néophyte. Un superbe ouvrage destiné à tous ceux qui ne veulent pas passer à côté des transformations de leurs cadres de vie.
Véronique Godfroy
Architecte de prison: "une mission presque humanitaire"
PARIS, 2 mars (AFP) - C'est le rêve et le cauchemar de l'architecte: en dessinant une prison, il construit une véritable ville et espère y glisser quelques-uns de ses espoirs de liberté, mais le carcan de la sécurité a tôt fait de brider ses ardeurs.
Guy Autran, qui planche sur les trois premières prisons du XXIème siècle, près de Toulouse, Avignon et Lille, a livré sa première prison en 1986. C'était à Epinal (Vosges), une petite maison d'arrêt de 200 places bâtie en périphérie pour succéder à l'ancienne du centre-ville, jugée trop vétuste.
A l'époque, il avait songé à casser la linéarité du mur d'enceinte. Mais la sécurité l'interdit. Alors l'architecte eut l'idée d'égayer le mur en dessinant de grands carrés remplis avec de la pâte de verre pour "rappeler la ligne bleue des Vosges". Au pied, des talus ondoyants tentent d'atténuer l'austérité du bâtiment.
A Cayenne, pour mieux faire oublier l'ancien bagne et refroidir les ardeurs d'éventuels mutins, Guy Autran a imaginé une prison "naturellement ventilée". Des sous-toitures en forme d'écope rabattent l'air sur les patios. Il a aussi mis l'accent sur la circulation et la lumière.
Des idées reprises pour son projet de la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse. Ainsi, il a choisi de placer le stade au centre du bâtiment, "pour retrouver la sensation de l'extérieur". Et les quartiers d'hébergement, accueillant 25 à 30 détenus chacun, s'ouvrent sur un grand atrium tandis que les parloirs sont abondamment éclairés par un vaste patio.
"Perspective et lumière"
"J'ai beaucoup travaillé sur l'échappatoire visuel, pour ne pas perdre le sensitif. Apporter perspective et lumière permet de minimiser le stress de l'enfermement", explique Guy Autran, qui voit dans son métier "une mission presque humanitaire". Selon un rapport officiel, 40% des suicides de détenus interviennent dans les trois mois qui suivent leur incarcération.
L'administration pénitentiaire a également apprécié la façon dont l'architecte a intégré la sécurité. "Si on doit en rajouter après, ça se voit et cela dégrade vite l'ambiance", indique Martine Viallet, directrice de l'administration pénitentiaire. Elle se félicite aussi d'une architecture qui réduit au maximum les déplacements. "La ressource humaine étant précieuse, il faut l'utiliser au maximum pour ce qui permet le contact avec le détenu", commente-t-elle.
Certes, on ne reconstruira sans doute jamais plus une prison à l'image de la très décriée maison d'arrêt parisienne de la Santé. Mais la liberté créatrice de l'architecte se heurte encore aux infranchissables limites de la sécurité.
Guillaume Gillet, architecte de la gigantesque prison de Fleury-Merogis (1968) avait supprimé les barreaux aux fenêtres des cellules, les remplaçant par du verre Triplex. Mais les détenus ayant vite trouvé la parade, les barreaux sont redevenus la norme.
Dans un récent projet, une étudiante avait placé le lit dans un renfoncement de la cellule pour "retrouver l'idée du ventre maternel". Recalée par le jury: de l'oeilleton de la porte, rien ne doit échapper au surveillant.
"Une prison n'est qu'une gestion d'interdits. C'est le type même de conception toujours en conflit avec les normes de sécurité", constate Guy Autran.
Le cahier des charges a d'ailleurs gonflé proportionnellement avec cette inflation de contraintes. "En 1980, il comptait dix pages. Aujourd'hui, il fait dix centimètres d'épaisseur", souligne l'architecte.
"C'est toujours le côté économique qui l'emporte", regrette Jean-Michel Barrière, un architecte reconverti dans le BTP, dont le diplôme en 1989 consistait en un contre-projet très idéaliste de la maison d'arrêt d'Osny (Val d'Oise). "Et l'architecte, trop bridé, ne réalise finalement qu'une pâle copie de ce qui se faisait au début du XIXème".
Pas
de répit dans la destruction du vieux Pékin
PEKIN, 11 fév (AFP) - Pour faire place au grand opéra qui va être construit par l'architecte français Paul Andreu, Li Baoming se prépare sans enthousiasme à quitter sa petite maison traditionnelle du centre de Pékin, où il vit depuis plus de 30 ans.
"Je n'ai guère le choix", explique Li, un retraité d'une soixantaine d'années, qui vit à deux pas de l'austère Palais du peuple, le siège de l'Assemblée nationale, à l'endroit même où d'ici deux à trois ans devrait s'élever un gigantesque opéra.
Après 16 mois de délibérations, le président chinois Jiang Zemin a tranché l'été dernier en faveur du projet Andreu prévoyant la construction d'une bulle ultra-moderne recouverte de titane et entourée d'un plan d'eau.
Pour permettre aux travaux de débuter comme prévu le 1er avril, Li et les quelque 200 familles qui vivent encore sur le site devront déménager très prochainement, sans savoir encore exactement ni où ni comment.
"On nous a dit qu'on devrait être partis avant le 1er mai" explique Li qui vit avec son épouse dans une cour carrée aux murs gris foncé, construite il y a une centaine d'années dans le style traditionnel pékinois, avec trois autres familles.
Pour quitter son logement de plain-pied, Li s'est vu offrir 6.500 yuans par m2, soit près de 90.000 yuans, un dédommagement nettement supérieur à ceux généralement proposés aux victimes de la spéculation immobilière qui frappe Pékin depuis le début des années 90.
Après les bouleversements des années 50, notamment la destruction des murs d'enceinte de la capitale et la construction de la gigantesque place Tiananmen, la situation s'était figée dans les années 60 à 80, conduisant les gens à se serrer dans leurs cours traditionnelles.
"Les autorités nous disent désormais que les cours carrées sont sales, sans confort et qu'il ne reste plus qu'à les démolir, mais elles sont responsables de n'avoir rien fait pendant des années pour les remettre en état" commente Hu Jie, un employé d'hôtel qui a a entrepris de défendre les intérêts des propriétaires expulsés arbitrairement.
Selon Hua Xinmin, une militante française d'origine chinoise qui défend le vieux Pékin, près de la moitié des 3.000 hutong (ruelles) existant dans la capitale en 1949 ont disparu pour laisser la place à de luxueux immeubles de bureaux.
La destruction des vieux quartiers d'une ville devenue capitale d'empire au 13ème siècle s'est accélérée au milieu des années 90, lorsque les prix de l'immobilier ont commencé à flamber.
Aucune statistique n'a pu être obtenue de source officielle, mais selon des estimations fournies par Hua, 70.000 familles auraient au total été chassées de leurs maisons du centre de Pékin ces dernières années et envoyées dans de lointaines banlieues, souvent mal desservies en transports et équipements sociaux.
Face à des promoteurs entretenant d'étroites relations avec une administration omnipotente et pratiquement jamais contestée par les tribunaux, les expulsés ont peu de poids.
Sur un millier de procès intentés par des Pékinois spoliés, pratiquement aucun n'a abouti à une décision en leur faveur, selon Hua.
Malgré les appels à la retenue de plusieurs architectes et intellectuels, seuls quelques rares quartiers, situés dans les environs immédiats de la Cité interdite, devraient être épargnés par les démolisseurs.
Mais même dans ces quartiers, protection de l'héritage culturel ne rime pas forcément avec restauration. "On ne pourra pas construire d'immeubles, mais on pourra parfaitement reconstruire des cours carrées de fond en comble, en faisant partir la population actuelle", note Zhang Lin, un autre militant du patrimoine urbain.
ez/dfg eaf
Des
jardins sur les toits à Chicago pour faire baisser la température
CHICAGO (Etats-Unis),
14 déc (AFP) - De tout temps fière de ses gratte-ciels, la ville de Chicago
envisage de modier son architecture avant-gardiste en plantant des jardins sur
les toits, pour faire baisser la température en été.
Un projet pilote vient d'être lancé pour la mairie : son toit de goudron noir
va être enlevé, et remplacé par un jardin complet, avec deux chênes.
Si le projet remplit ses objectifs, la ville encouragera les gratte-ciels à
suivre cet exemple, ce qui permettrait, espère-t-elle, de réduire la pollution
et de diminuer les dépenses de climatisation en été.
"L'un de nos soucis majeurs est l'ozone, et l'une des premières causes de
brouillard, à part la pollution automobile, vient des centrales électriques
fortement sollicitées lorsqu'il fait chaud en raison de la demande en air
conditionné", explique Jessica Rio, porte-parole du service de
l'environnement de la ville.
La municipalité envisage d'investir 1,5 million de dollars dans ce projet, qui
débutera au printemps par la plantation sur le toit de la mairie de plantes aux
racines peu profondes, au dessus d'un revêtement imperméable.
"Nous avons dû faire une analyse de la structure du toit car la terre pèse
lourd", a indiqué Jessica Rio. La mairie estime que les économies en énergie
s'élèveront à entre 3.000 et 4.000 dollars par an.
Chicago n'a jamais réussi à se conformer au cours des dernières années aux
normes anti-pollution établies par l'organisme fédéral de surveillance,
l'Agence pour la protection de l'environnement, selon Jessica Rio.
A la pollution due aux gaz d'échappement automobiles et aux centrales électriques
s'ajoutent les "îles de chaleur urbaine", poches de températures
inhabituellement élevées, qui peuvent aussi contribuer à la formation de
brouillard, selon les experts.
Ces poches sont dues au fait que les trottoirs et les toits de couleur sombre
absorbent la chaleur, faisant monter la température. L'air chaud se mélange
aux polluants industriels et ménagers pour créer de l'ozone.
En été, la température d'un toit noir peut aisément être supérieure de 30
degrés celsius à celle de l'air ambiant, selon les statistiques officielles.
Un seul arbre ayant une voute d'une épaisseur de 4 mètres de feuillage peut
contribuer à faire baisser la température de plus d'un degré.
Selon le Laboratoire national Lawrence Berkeley, en Californie, des plantations
installées sur l'ensemble d'une ville pourrait y provoquer une baisse de la
température dans le centre de plusieurs degrés.
Le projet fait partie d'une série d'expériences menées par l'Agence pour la
protection de l'environnement dans plusieurs villes américaines, et d'autres études
similaires sont en cours au Texas, dans l'utah, en Californie et en Louisiane.
ld-ds/bd
Législation
André
JOLLIVET, président du Conseil de l'Ordre des architectes pour la région a
affirmé son souhait d'une "véritable refondation" du métier. Lors
du congrès régional des 25 et 26 novembre à Mandelieu dans les Alpes-Maritime,
les architectes ont débattu sur la réforme de la loi du 3 janvier 1977 avec
deux collaborateurs du ministre de la Culture et de la Communication.
Aujourd'hui, le problème est que la loi n'est pas totalement appliquée. L'Etat
laisse par exemple certains maîtres d'ouvrage contourner la loi MOP en divisant
les marchés ou en développant les marchés d'assistance à maîtrise
d'ouvrage.
Sur la suppression des seuils, les architectes n'imaginent pas ne pouvoir
intervenir que pour certains secteurs. Pour eux, la future loi doit
professionnaliser l'architecture avec une licence d'exercice obtenue après deux
ans d'expérience pratique après le diplôme. La version définitive du projet
de loi devrait intervenir en avril ou mai prochains.
Renzo
Piano va construire un grand musée Paul Klee à Berne
BERNE,
10 déc (AFP) - Un musée futuriste en hommage au peintre Paul Klee sera édifié
d'ici cinq ans sur les plans de Renzo Piano aux portes de Berne, a-t-on appris
auprès de la municipalité de la capitale helvétique.
L'architecte
italien, l'un des créateurs du Centre Pompidou à Paris et du Centre
international pour la science et la technologie d'Amsterdam, a dévoilé jeudi
à Berne les plans originaux de ce musée: trois collines de 15, 12 et 10 mètres
de haut, qui formeront une douce ondulation dans la verte campagne bernoise, à
proximité d'une autoroute.
Ce
musée qui abritera 40% de l'ensemble des 10.000 oeuvres du Paul Klee devrait être
inauguré au printemps 2005. Son coût est estimé à 103 millions de francs
suisses (69 millions d'euros), financé en grande partie par une fondation privée
et minoritairement par le canton et la confédération.
Paul
Klee est né en 1879 à Muenchenbuchsee près de Berne, de mère suisse et de père
allemand. Il est mort à Locarno en 1940.
Ce
centre Paul Klee, qui sera par sa conception unique au monde, accueillera à la
fois un musée, des espaces de communications et de recherche, des salles de
conférence et de concert, une bibliothèque. Il donnera à Berne un grand
complexe ultramoderne dédié à l'art.
En
mai 1997, Livia Klee, veuve du fils de Paul Klee, Felix, avait offert à la
ville et au canton de Berne sa part d'héritage à la condition qu'un musée
puisse abriter l'abondante oeuvre réalisée à Berne par le peintre et graveur.
En juillet 1998, un couple bernois, Maurice et Martha Mueller, avaient fait une
donation d'un terrain et d'imposants moyens financiers (40 millions de FS) pour
la construction de ce musée, à Schoengruen à l'est de la ville.
Une
fondation a été constituée en leur nom. En décembre 1998, la ville de Berne
choisissait Renzo Piano parmi divers architectes.
Berne
a déjà adopté en novembre un premier crédit de 1,49 million de francs
suisses pour sa réalisation.
Renzo
Piano a voulu un projet qui s'inscrit "dans le concret du lieu" où il
s'implante et exprime la proximité de l'art par rapport au paysage,
"l'universalité du message (de Klee) reposant paradoxalement sur la
capacité d'adaptation du langage". "L'architecture est un enfant de
son temps et doit être capable de l'exprimer", a-t-il ajouté.
jlv/bfr/bm eaf
Jean
Nouvel crée "un musée fondé sur le mystère" pour les Arts Premiers
PARIS,
8 déc (AFP) - L'architecte français Jean Nouvel revient sur les bords de la
Seine, à Paris, pour créer un musée des Arts Premiers "fondé sur le
mystère", quinze ans après avoir édifié l'Institut du Monde Arabe, sur
la même rive, un peu en amont.
"C'est
une occasion d'architecture extraordinaire, un des derniers sites libres au
centre de la capitale. Je suis ravi", a-t-il déclaré à l'AFP, après
avoir appris, mercredi, que le Président Jacques Chirac l'avait choisi pour un
projet auquel le chef de l'Etat tient particulièrement.
Le
Musée du Quai Branly, qui verra le jour en 2004, répond au souhait présidentiel
de "donner aux arts d'Afrique, des Amériques, d'Océanie et d'Asie leur
juste place dans les institutions muséologiques de la France".
Sa
création avait été annoncée le 29 juillet 1998 sur le site du quai Branly,
situé à proximité de la Tour Eiffel.
"Le
projet, a expliqué Jean Nouvel, joue sur le mystère, avec un jardin de 19.000
m2 au centre duquel se situe le bâtiment. A une quarantaine de mètres en
avant, du côté du Quai Branly, une grande paroi courbe en verre de 200 m de
long reflète ombres et lumières, et laisse deviner le musée et les
arbres".
"Au
centre du terrain, le musée, également courbe du côté du quai, s'élève à
12 mètres au-dessus du jardin, soutenu par des pilotis, sortes de totems, et
mesure lui-même 12 m de haut", a-t-il ajouté.
A
l'intérieur, le musée regroupera des "boîtes" de différents
volumes qui se relieront tout en distinguant quatre grandes zones correspondant
aux différentes régions du monde".
Le
musée, doté d'un budget de 1,1 milliard de F (167,7 millions d'euros), réunira
les collections du Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie (MAAO) de Paris et
les collections ethnographiques du musée de l'Homme, soit quelque 270. 000 pièces.
Le
Président Chirac a ainsi confirmé mercredi le choix du jury annoncé dimanche
soir pour les concurrents les mieux placés parmi les 14 projets internationaux,
à savoir dans l'ordre Jean Nouvel, l'équipe Felice Fanuele/Peter Eisenman et
Renzo Piano.
Jean
Nouvel, né en 1945, s'est notamment illustré par la création de l'Institut du
Monde Arabe, les logements de l'ensemble Nemausus I à Nîmes (sud de la
France), l'Opéra de Lyon (centre de la France), la Fondation Cartier à Paris,
les Galeries Lafayette à Berlin, et le Centre Culturel et de Conférences de
Lucerne (Suisse).
ab-cv/xb/sym
T/
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Révision : 03 Oct 2001 12:02:21 -0400
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